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Zemmour et Soral condamnés: que peut-on dire et ne pas dire?

La justice a de nouveau condamné à un an de prison ferme, l’essayiste Alain Soral pour des propos antisémite mercredi. Et la veille, le parquet avait ouvert une enquête contre Eric Zemmour pour des propos sur les musulmans tenus samedi, et condamné le 20 septembre pour "provocation à la haine religieuse" pour d'autres propos. Deux décisions de justice qui soulèvent la question: qu'a t on le droit de dire et de ne pas dire?

Tout ! On a le droit théoriquement de tout dire en France depuis la Révolution et la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen. L'article 10 explique que nul ne peut être inquiété pour ses opinions. L'article 11de son côté explique que la libre communication des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme. Tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement. Sauf à abuser de cette liberté.

Voilà la nuance il ne faut pas abuser de cette liberté d’expression ni troubler l’ordre public. Un siècle après cette déclaration, la loi de juillet 1881 va préciser ces limites. C’est une loi qui porte sur la liberté de la presse et de l’expression publique et qui est faite pour protéger la liberté d’expression.

Elle fixe des interdits. L’injure, l’injure publique, l’injure publique contre une personne en raison de son origine ou de sa race. Et puis la loi de 1881 punit aussi la provocation à la haine. La provocation à la violence ou la provocation à la discrimination.

"Ce sont les dictatures, pas les démocraties, qui emprisonnent pour des opinions"

Ce sont exactement les délits reprochés a Alain Soral et à Eric Zemour. L'un est condamné à de la prison ferme, l’autre poursuivi pour injures et provocations, les deux délits de la loi de 81, aggravés par le caractère raciste de leurs propos.

Commençons par Alain Soral. Il avait déclaré après l’entrée au panthéon de Simone Veil et de son mari Antoine: "Le panthéon est devenu une déchetterie cacher". Un an ferme.

Une condamnation qui vient s’ajouter à au moins deux autres, un an et un et demi ferme pour des propos suintant sa haine des juifs. A Bobigny en mai dernier, les juges avaient demandé un mandat d'arrêt c’est a dire son incarcération immédiate. Mais le parquet s’y était opposé, arguant que le mandat d'arrêt s’applique aux délits de droit commun, pas aux délits d’opinion.

Et le parquet peut s’appuyer sur le code de procédure pénale mais aussi sur le comité des droits de l’homme de l’ONU qui considère qu’en matière de diffamation, l'emprisonnement ne constitue jamais une peine appropriée.

Ce sont les dictatures, pas les démocraties, qui emprisonnent pour des opinions. Même les plus contestables ou dangereux. Sans compter qu’Alain Soral, que personne ne connaît n’attend que cela pour devenir un martyre. Et pour sortir de l’ombre de son ami Dieudonné.

Mais pour Eric Zemmour c’est différent: il n’a jamais été condamné à de la prison ferme, mais à des amendes pour propos racistes. Mais ces propos qu’on lui reproche aujourd’hui, ils ont été tenus à une tribune politique. La convention de la droite lancé par Marion Maréchal-Le Pen. Et confier à la police judiciaire parisienne une enquête sur des propos politiques, c’est gênant.

"Il ne faudrait pas que nous redoutions les petits et misérables écrits racistes de Zemmour ou de Soral"

Ou alors il aurait fallu poursuivre Jacques Chirac pour "le bruit et l’odeur" de l’immigré polygame qui rend fou le Français qui habite sur le même pallier. Ces propos, ceux de Chirac comme ceux de Zemmour devraient être combattus sur le terrain politique pas devant les tribunaux. A mon humble avis.

Parce qu’on ne sait pas demain ce que les magistrats jugeront acceptable ou condamnable. Eric Zemmour travaille au Figaro dont la devise est une phrase de Beaumarchais: "Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur".

Mais cette phrase est complètement sortie du contexte. Le contexte c’est que Figaro, le personnage de Beaumarchais, a écrit une pièce de théâtre pour “fronder Mahomet”, pour se moquer des musulmans. Les princes musulmans d'Istanbul, de Perse et d’Egypte se plaignent et obtiennent que la pièce de théâtre soit brûlée.

D'où la tirade de Figaro: oh comme j’aimerais tenir ces princes par le col et leur dire que sans la liberté de blâmer il n’est point d'éloge flatteur, et qu’il n’y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits.

Voilà il ne faudrait pas que nous redoutions les petits et misérables écrits racistes de Zemmour ou de Soral. Il faut répondre aux mots par les mots et aux idées par les idées.

Nicolas Poincaré