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65 ans, pénibilité, régimes spéciaux… les annonces d'Elisabeth Borne sur les retraites

Elisabeth Borne a présenté, dans les colonnes du Parisien, le contenu de la réforme des retraites. Si l'âge de départ n'est pas encore finalisé, car encore en concertation, elle annonce plusieurs arbitrages sur la pénibilité ou encore les régimes spéciaux. Retour en dix question, dix réponses sur les annonces de la Première ministre.

Dans une interview au Parisien, la Première ministre Elisabeth Borne a présenté les différents arbitrages pris et à prendre sur la réforme des retraites. Alors que les concertations entrent dans le concret avec notamment la question de l'âge légal de départ à la retraite, elle assure que les arbitrages seront finalisés avant Noël.

Une réforme présentée le 15 décembre, au Parlement au printemps

La Première minsitre annonce que les arbitrages définitifs seront présentés le 15 décembre. "C’est l’engagement que nous avons pris avec le président de la République et nous tiendrons le calendrier", annonce-t-elle.

Le calendrier ira ensuite très vite. "Le texte devra ensuite être présenté en Conseil des ministres au début de l’année prochaine", annonce la locataire de Matignon. Le Parlement discutera ensuite du texte au printemps avant une entrée en vigueur "avant la fin de l’été."

Ne pas augmenter le déficit des retraites

Pour justifier cette réforme Elisabeth Borne explique qu'elle souhaite ne pas augmenter le déficit du système des retraites "qui dépassera les 12 milliards d’euros en 2027 et continuera à se creuser si l’on ne fait rien". Elle se dit "déterminée à sauver" le système de retraites par répartition et explique que "pour (faire) cela, il faut bouger". Principal axe de cette réforme: "On doit progressivement travailler plus longtemps. C’est aussi indispensable pour protéger le pouvoir d’achat des retraités."

65 ans comme âge de départ, mais...

"L’engagement porté dans la campagne, c’est 65 ans" affirme Elisabeth Borne dans cette interview au quotidien francilien. Mais, il y a un "mais", lié aux discussions avec les partenaires sociaux dont le "dernier cycle des discussions porte précisément sur cette question". Mais la Première ministre estime que "ce report progressif de l’âge de départ à la retraite de 62 à 65 ans d’ici 2031 permet de ramener le système à l’équilibre dans les dix ans". Pour que l'âge bouge, il faudra, selon la locataire de Matignon, que la proposition des "organisations syndicales et patronales permette d’atteindre le même résultat. (Dans ce cas-là), on l’étudiera." La Première ministre exclut en revanche "de baisser le montant des retraites ou d’alourdir le coût du travail par des cotisations supplémentaires."

Cet allongement de la durée de travail concerna "toutes les catégories professionnelles", mais "la réforme ne sera pas uniforme, on tiendra compte des situations de départ": une personne qui fait partie d'une corporation où on part aujourd'hui à la retraite à 57 ans, partira à 59 ou 60 ans avec cette réforme.

A la question de savoir si un passage à 64 ans est possible, Elisabeth Borne répond qu'il s'agit de "l’amendement voté par le Sénat, qui travaille depuis des années sur la question des retraites" et que le gouvernement "sera à l’écoute des propositions des uns et des autres."

L'accent sur la pénibilité et carrière longue

Elisabeth Borne a annoncé pluisieurs arbitrages sur la question de la pénibilité et des carrières longues. Ainsi elle annonce que "notamment pour les femmes, nous avons décidé de ne pas augmenter l’âge d’annulation de la décote, qui restera à 67 ans." "Pour faire une réforme juste" dit-elle.

Le système des "carrières longues" mis en place "pour permettre de partir deux ans ou quatre ans avant l’âge légal de la retraite" sera "maintenu et même assoupli pour ceux qui ont vraiment commencé à travailler très tôt". Que veut dire "vraiment très tôt"? "C'est à discuter avec les partenaires sociaux", explique la Première ministre. Dans ce cadre, les périodes de congé parental seront prises en compte "dans le calcul de la durée de cotisation."

Sur la question de la pénibilité, la Première ministre estime qu'"on peut sans doute encore améliorer les facteurs pris en compte", mais met en garde contre l'invention d'une "usine à gaz": " Sur les fins de carrière, on doit permettre aux personnes cassées par le travail de pouvoir, au vu de leur état de santé, partir un peu plus tôt en retraite."

Le 49-3? "Pas tranché"

La question d'un 49-3 "n'est pas tranchée" explique la Première ministre qui a utilisé cet article de la Constitution a sept reprises lors de l'évaluation du budget de la Sécurité sociale. "On verra le reste le moment venu", déclare-t-elle.

Après la réception des différents chefs de groupes parlementaires, où elle avoue ne pas avoir eu "un accueil enthousiaste de la part de certains", Elisabeth Borne juge qu'avec " les Républicains, par exemple, on doit pouvoir trouver un chemin."

Une application à l'été

"La réforme s’appliquera à partir de l’été 2023, donc à partir de la génération née au deuxième semestre 1961", explique Elisabeth Borne. Le passage de 62 à 64 ou 65 ans se fera progressivement: "les rythmes, les bornes font partie des discussions".

1.200 euros au minimum

Selon Elisabeth Borne, l'idée d'Emmanuel Macron était de pouvoir assurer 85% du SMIC pour une carrière complète. Le chiffre de 1.100 euros avait été évoqué pendant la campagne mais dans la réforme, le "minimum retraite" sera porté à 1.200 euros pour une personne qui a tous ses trimestres.

"Responsabiliser les entreprises" pour faire travailler les séniors

Pour la Première ministre, la réforme fera "mécaniquement accroitre le taux d’emploi des seniors." Elle estime qu'il faut "responsabiliser les entreprises pour qu'elles ne se séparent pas des séniors et les embauchent." Elle souhaite aussi "créer un index comme celui mis en place pour l’égalité professionnelle et qui les obligera à la transparence avec des indicateurs comme la formation, le recrutement." Elle n'évoque pas pour le moment des sanctions en cas de non-respect de cet index.

Favoriser les retraités qui travaillent et "les temps partiels en fin de carrière"

"Les retraités qui travaillent sont soumis à des cotisations sans que des droits supplémentaires à la retraite ne leur soient ouverts. Nous allons changer cela", affirme la locataire de Matignon qui souhaite rendre le dispositif de retraite progressive plus incitatif pour "favoriser les temps partiels en fin de carrière".

Pas de suppression des régimes spéciaux mais...

Les personnes qui sont embauchés sous un régime spécial de retraite le conserveront. Mais pour tous les nouveaux recrutés de ces régimes spéciaux seront affiliés au régime général de l'assurance vieillesse, "comme tous les salariés du privés". La Première ministre évoque, parmi les concernés, les salariés de la banque de France, de la RATP ou des industries électriques et gazières.

https://twitter.com/mmartinezrmc Maxime Martinez Journaliste RMC