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À Vienne, Marine Le Pen s'est piégée toute seule

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h20 sur RMC.

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La polémique continue au sujet de la participation de Marine Le Pen, la semaine dernière en Autriche, à un bal donné par des mouvements d'extrême droite. Elle s'est défendue, hier mercredi, en dénonçant "tous les totalitarismes".

Marine Le Pen est allée à Vienne pour danser, mais on peut dire qu'elle a fait un faux pas. Voilà trois ans qu'elle s'efforce de gommer les aspects les plus discutables du FN - en écartant les plus radicaux, en imposant son style et son discours plus modernes et en évitant les "dérapages" dont son père était coutumier. Jusqu'ici, ça a remarquablement fonctionné. Si les sondages la créditent de scores très supérieurs à ceux de son père, c'est la preuve que le FN est (était ?) en voie de normalisation. Avec sa mauvaise valse viennoise, Marine Le Pen abîme la façade qu'elle avait si habilement rénovée. Au moment où elle prétend avoir du mal à réunir les 500 signatures pour la présidentielle, c'est au moins une terrible maladresse.

Elle affirme que ce fameux bal est une manifestation mondaine très connue à Vienne et dénonce une "manipulation". Que faut-il en penser ?

C'est évidemment faux. Le bal en question, c'est celui d'une organisation qui réunit des nostalgiques du nazisme, à laquelle l'appartenance est secrète, interdite aux juifs et aux femmes. Ses membres se battent en duel au sabre dans des caves et se donnent pour mission de diffuser les idées pro-nazies et les thèses révisionnistes les plus hallucinantes. On est très loin de la défense des ouvriers et des "exclus de la mondialisation" dont Marine Le Pen a fait son leitmotiv. Chaque année, dans ce bal, on voit défiler les dirigeants les plus virulents de l'extrême droite européenne - et on acclame des figures du négationnisme. D'ailleurs, c'est une fête qui est tellement contestée en Autriche qu'elle n'aura probablement plus jamais lieu - plus personne ne veut l'accueillir. Peut-être que Marine Le Pen l'ignorait - bien que son père en ait été l'invité d'honneur en 2008. Donc, s'il y a "manipulation", elle ne peut venir que de ceux qui l'ont invitée.

Marine Le Pen a réuni des journalistes pour s'expliquer. Elle leur a fait cette déclaration : "Le nazisme fut une abomination. Il m'arrive de regretter de ne pas être née à cette période, pour avoir pu le combattre." Vous ne la croyez pas sincère ?

Si elle pense vraiment cela, elle devrait plutôt regretter publiquement de s'être trouvée dans un pareil endroit en si mauvaise compagnie. La réalité, c'est qu'elle était l'invitée du parti d'extrême droite autrichien, le FPÖ - l'un des plus ouvertement xénophobes d'Europe, mais qui représente presque un tiers des voix en Autriche. Il y a sûrement de meilleurs endroits pour afficher son hostilité au nazisme. Pour convaincre de sa bonne foi, Marine Le Pen aurait pu aussi désavouer le propos de son père, qui a dit à propos du fameux bal que c'était "du Strauss sans Kahn". Si les mots ont un sens, c'est un propos antisémite. On attend toujours sa réaction.

Jean-Marie Le Pen avait déjà désapprouvé la position de sa fille sur la retraite à 60 ans. Est-ce qu'il devient encombrant pour sa campagne ?

On peut toujours dire qu'elle est influencée malgré elle par l'éducation qu'elle a reçue - mais c'est moyennement convaincant. On peut aussi se demander si le père n'a pas au fond de lui le désir d'empêcher sa fille de faire mieux que lui. Ou si la fille n'a pas cherché un moyen de se l'interdire. Là, on serait dans l'inconscient. Mais après tout, Vienne n'est pas seulement la capitale de la valse et celle de l'extrême droite, c'est aussi celle de la psychanalyse.

Ecoutez ci-dessous le "Parti Pris" d'Hervé Gattegno de ce mercredi 1er février 2012 :

Hervé Gattegno