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Affaire McKinsey: pourquoi la justice enquête désormais sur les campagnes d'Emmanuel Macron

Le Parquet national financier a annoncé jeudi l'ouverture de deux informations judiciaires en lien avec l'affaire McKinsey. Trois juges d’instruction vont notamment devoir établir si le président a bénéficié à titre gratuit de l'expertise de McKinsey pendant sa campagne et si, en retour, l'exécutif a favorisé le cabinet de conseil une fois Emmanuel Macron installé à l'Élysée.

Deux instructions sur les comptes des campagnes d'Emmanuel Macron en 2017 et 2022 et sur d'éventuels délits de favoritisme en faveur du cabinet de conseil McKinsey ont été ouvertes par la justice. L’affaire avait éclaté en pleine campagne présidentielle en mars dernier. Une commission d'enquête sénatoriale, et un livre intitulé “Les Infiltrés”, avaient fait des révélations sur la place des cabinets de conseil au sein de l'État.

On avait découvert notamment que les contrats signés par ces cabinets, français ou américains, avaient atteint des sommes astronomiques depuis la première élection d'Emmanuel Macron. Autre révélation, plusieurs cadres du cabinet McKinsey avaient participé à la campagne de 2017. Enfin, on avait appris que ce cabinet ne payait aucun impôt sur les bénéfices en France depuis dix ans.

C’est sur tous ces dossiers que la justice va enquêter. Le Parquet national financier l’a confirmé jeudi après des révélations du Parisien. Une enquête préliminaire avait d’abord été ouverte sur le volet fiscal pour comprendre pourquoi McKinsey ne payait pas d'impôt. S’il s’agissait d’optimisation fiscale, ou bien de fraude fiscale.

Cette enquête-là avait été lancée à chaud, dès le mois de mars dernier. Mais la justice vient maintenant de passer la vitesse supérieure en décidant d'enquêter sur les autres volets de l’affaire. Fin octobre trois juges dont le fameux juge Serge Tournaire, ont été chargés d’ouvrir deux instructions.

La première porte sur les comptes de campagne du candidat Macron. La question qui est posée, c’est: pourquoi au moins cinq à sept cadres du cabinet McKinsey ont-ils participé à la campagne du futur président en 2017? Étaient-il des bénévoles qui intervenaient personnellement par conviction et militantisme, ou bien étaient-ils mandatés par leur cabinet? Auquel cas, leur prestation aurait dû être facturée et apparaître dans les comptes de campagne. Cela fait l’objet de la première information judiciaire ouverte pour "minoration d’un compte de campagne".

Pas d'inquiétude judiciaire immédiate pour Emmanuel Macron

La deuxième instruction porte sur d'éventuels faits de favoritisme. La question cette fois, c’est: est-ce que McKinsey a bénéficié d’un renvoi d'ascenseur? Est-ce qu'après la campagne, le cabinet a été récompensé en obtenant des contrats? Ce qui apparaissait dans l'enquête des sénateurs, c’est que McKinsey, au début du quinquennat, n’a pas bénéficié de plus de contrats que ces concurrents, même plutôt de moins. En revanche, à partir de l’épidémie de Covid, McKinsey a été très largement sollicité pour aider l'État. Les juges devront dire si, oui ou non, il y a eu du favoritisme.

En mars dernier, Emmanuel Macron s'était énervé sur le sujet dans une interview à France 3. Il avait démenti l’existence de combines et ajoutant, “s’il y a des preuves de manipulation, que cela aille au pénal”. Huit mois plus tard, c’est exactement ce qui se passe.

Cependant, le président de la République ne pourra pas être inquiété par ces enquêtes. S’il peut s'inquiéter politiquement, juridiquement en revanche, il ne lui arrivera rien. La constitution protège le président de la République en lui garantissant une immunité pénale. Il ne peut faire l’objet d’aucune poursuite, d’aucun acte d’instruction, on ne peut pas le requérir pour témoigner. Si les juges veulent l’entendre, il faudra qu’ils attendent la fin de son mandat, dans quatre ans et demi. En attendant, la justice va donc enquêter sur l'entourage d'Emmanuel Macron, mais pas sur lui directement.

Guillaume Descours Journaliste RMC