RMC

Au Sénat, Sarkozy doit soutenir Jean-Pierre Bel

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h25 sur RMC.

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h25 sur RMC. - -

Y aura-t-il forcément un président de gauche au Sénat ? Certaines voix s'élèvent à l'UMP pour dire qu'une réélection de Gérard Larcher est encore possible. Pourtant, dans l'idéal, Sarkozy, devrait soutenir Jean-Pierre Bel. Etonnant non ?

Ça a l’air d’un paradoxe mais c’est assez logique. La Constitution charge le Président de la République de veiller au « fonctionnement régulier des institutions ». Le Sénat est une institution et la gauche y est majoritaire. Donc, s’il veut préserver un peu de dignité dans son camp, N. Sarkozy aurait tout intérêt à empêcher les complots florentins et les tentatives de débauchage qui se préparent. Si par extraordinaire ça marchait – et que G. Larcher était réélu – ce serait le tollé assuré. Une élection par la bande – ou par la prébende – ajouterait encore à l’image négative du Sénat, qui passe déjà pour un théâtre d’ombres. Et ça se retournerait… devinez contre qui ?

Mais s'il retenait votre suggestion, et que Nicolas Sarkozy appelait à voter pour ses adversaires, ce serait le tollé dans son propre camp, non ?

Justement, ce serait l’idéal : l’aboutissement de cette fameuse stratégie de (re)présidentialisation qui, jusqu’ici, n’a produit que des défaites électorales et des sondages en forme de toboggans. Il se poserait en arbitre, il dirait à ses troupes qu’elles se fourvoient en refusant d’admettre leur défaite – d’ailleurs, ce serait une façon de faire comme si la défaite de dimanche n’était pas la sienne. Et là, le Sarkozy caricaturé en chef de clan apparaîtrait altier et magnanime, défenseur des principes et de l’intérêt général. Ça aurait de l’allure. Ce serait son meilleur coup politique depuis longtemps.

Pour l'instant, on n'en prend pas le chemin. L'Elysée fait dire que le Président se désintéresse de ce qui se passe au Sénat…

Eh oui. Encore un merveilleux exemple de communication politique venue du fond des âges, à l’époque du transistor et des avions à hélices. La vérité, c’est qu’à l’Elysée, on croit qu’une réaction publique donnerait plus d’ampleur à la défaite. Donc, on se tait. Et on répète en boucle que le Président a des sujets de préoccupation plus graves. En fait, tout le monde sait qu’il ne pense qu’à 2012. Raison de plus, me semble-t-il, pour mettre un pied dans l’opposition. Après avoir appelé à voter pour JP Bel, il pourrait prendre ses distances avec sa propre majorité, critiquer ses excès, la trouver trop à droite, le lendemain pas assez. Comme l’UMP est encore plus impopulaire que lui, ça ne pourrait lui faire que du bien.

Mais est-ce qu'il peut espérer gagner la présidentielle sans son parti ?

L’UMP sera derrière lui ; le problème, c’est que ça ne suffit pas. L’une des leçons des sénatoriales, c’est le théorème de Charon – du nom de ce cet ex-conseiller de l’Elysée qui s’est fait élire à Paris à la tête d’une liste dissidente. Pierre Charon, c’est un sarkoziste historique, un grognard qui a fait tellement de zèle qu’il a fini par être écarté. Alors il a voulu faire un coup d’éclat. Mais le soir du vote, la droite n’a pas perdu de siège à Paris et Charon a dit qu’il soutient toujours le Président. Moralité : le meilleur moyen pour un sarkoziste d’être élu, c’est de passer pour un anti-sarkoziste. Si Nicolas Sarkozy veut être réélu, il ne lui reste plus qu’à s’appliquer cette règle à lui-même.

Ecoutez ci-dessous le "Parti pris" de ce mardi 27 septembre 2011 avec Hervé Gattegno et Jean-Jacques Bourdin :

Hervé Gattegno