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Aubry/Hollande, la drôle de guerre

En coulisse, c'est la guerre entre Martine Aubry et François Hollande.

En coulisse, c'est la guerre entre Martine Aubry et François Hollande. - -

La tradition veut qu’il y ait un jeu de rôle plus ou moins amical entre le premier secrétaire du PS et le candidat à la présidentielle. Cette fois, entre Martine Aubry et François Hollande, c’est fort peu amical...

François Hollande et Martine Aubry se livrent une drôle de guerre. En tout cas, le candidat socialiste à la présidentielle en veut énormément à la première secrétaire du PS.

Hollande : « Elle m’a bien eu »

En privé, François Hollande se dit très très énervé contre Martine Aubry. « Elle m’a bien eu ! Dès qu’elle peut, elle me met en difficulté : que ce soit l’accord entre le PS et les Verts ou la façon dont elle a imposé ses amis pour les investitures ! Je n’aurais jamais dû lui laisser le parti !». Voilà ce que confie le candidat socialiste à des proches. Selon lui, c’est pour faire la paix des braves et des egos qu’il a accepté qu’elle redevienne la chef du parti dès le soir du second tour de la primaire. Parce que, souvenez-vous, ça s’est fait le soir même de la défaite d’Aubry contre Hollande.
Aubry s’est même empressée de virer Harlem Désir de son bureau pour en reprendre possession, et avec la bénédiction de Hollande, qui pensait avoir trouvé une sorte de « compromis de fonctionnement » avec Martine Aubry. Sur le thème : je gagne, je te laisse le parti en échange de ton soutien. Aujourd’hui, il l’accuse d’en faire une arme contre lui.

Qu’a fait Martine Aubry pour provoquer cette colère ?

Hollande la soupçonne d’être derrière l’accord entre le PS et Europe-Ecologie-Les Verts, cet accord psychodramatique qui a été la cause de tant de polémiques néfastes pour le candidat. Hollande veut croire que c’est Aubry qui a laissé passer le fameux paragraphe sur le Mox, de même que le passage sur la suppression du droit de veto de la France à l'ONU. Il estime qu’elle l’a « piégé ». Sur l’accord avec les Verts, donc, mais aussi sur les investitures aux législatives, quand elle a privilégié ses amis au détriment des proches de Hollande, et enfin sur l’affaire de la fédération du Pas-de-Calais – il est furieux qu’elle ait rendu publique la lettre d’Arnaud Montebourg. Bref, à chaque cafouillage, il prétend que c’est elle, la responsable.

Aubry favorable à une défaite de Hollande ?

Comme le dit un ami d'Aubry : « C’est un peu facile, pour Hollande, de faire de Martine le bouc émissaire de ses propres insuffisances et de ses propres indécisions ». Bien sûr qu’elle ne sera jamais sa meilleure copine et qu’elle lui a fait des petits coups retors sur telle ou telle circonscription. Mais s’il avait tapé du poing sur la table pour sauver ses proches, il aurait eu le dernier mot. Or il ne l’a pas fait. De même que s’il avait voulu imposer plus de deux hommes à lui à l’intérieur du parti, le rapport de forces sorti des urnes le lui permettait largement. En plus, ce n’est pas comme si l’appareil avait encore des secrets pour lui : autant Ségolène Royal avait été élue contre le PS ; autant lui en a été le premier secrétaire pendant 11 ans. Mais justement, il a le complexe de celui qui a été trop longtemps un apparatchik en chef et qui a besoin de montrer qu’il existe en dehors de la rue de Solférino. C’est lui qui a voulu prendre ses distances avec le parti parce qu’il pense qu’il ne gagnera pas la présidentielle en étant le candidat du PS. Il passe son temps à dire à ses proches: « Le programme, c’est moi et moi seul. Je n’en ai rien à faire du PS ». Tout un programme… !

Écoutez la chronique d'Anna Cabana, "Les coulisses de la politique" de ce jeudi à 7h20.

Anna Cabana