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Aubry/Hollande : lutte finale sans vainqueur

« Les coulisses de la politique » du lundi au vendredi à 7h20 sur RMC, avec Christophe Jakubyszyn.

« Les coulisses de la politique » du lundi au vendredi à 7h20 sur RMC, avec Christophe Jakubyszyn. - -

Martine Aubry a été plutôt offensive lors du dernier débat des primaires mais François Hollande ne s'en est pas laissé compter. Les finalistes ont donc fait match nul avant le scrutin de dimanche.

Ce qui est sûr après le débat d'hier soir, c'est que nous avons deux candidats bien identifiés avec des styles et un mode de gouvernance différents. C'est un peu le succès de ces débats des primaires: sur le fond ils ont le même programme même s'ils l'appliqueront un peu différement mais sur la forme, ça ne sera pas le même président et c'est sans doute sur ce critère que se fera le choix des Français qui iront voter dimanche. D'un côté, Martine Aubry, une femme d'expérience comme elle le dit elle-même: « L'expérience est majeure, j'ai travaillé en entreprise, j'ai dirigé une grande métropole, j'ai été numéro deux du gouvernement et on a aussi confiance en moi parce que je suis claire, je ne change pas de position ». Et puis de l'autre un homme politique dont on a découvert la détermination à vouloir devenir président et qui fait de son manque d'expérience une sorte de virginité, de fraicheur, de naïveté presque: « Chacun a son expérience, j'étais candidat à 26 ans, j'ai gagné tous les mandats que j'ai conquis sur la droite. Je suis aussi un homme qui a été 11 ans 1er secrétaire. Mais en même temps, je revendique d'être neuf, parce qu'il faut des solutions neuves ».

Aubry avait préparé ses dossiers

Des dossiers de couleurs, des intercalaires, des fiches sur tout... et surtout sur François Hollande ! Dossier jaune pour les déclarations contradictoires de Hollande sur la règle d'or, dossier rouge sur la coûteuse mesure du contrat de génération. Dossier rouge comme carton rouge, Martine Aubry l'a sorti hier soir: « Là dessus François tu n'auras pas d'accord, tous les syndicats sont contre. Je te le dis en toute amitié, ça ne marche pas. On l'a fait, ça ne marche pas ! J'écoute les syndicats ».

Des banderilles mais pas d'estocade‎

Martine Aubry est allée chercher François Hollande pendant tout le match, elle a cherché à le déstabiliser, elle a pointé ses contradictions voire ses incohérences, elle lui a fait la leçon comme sur les 60 000 embauches dans l'éducation nationale. Mais François Hollande a répondu, il l'a mise parfois elle-même en difficulté. Il a parfois aussi, il faut l'avouer, esquivé sur le non cumul, sur l'éducation nationale, sur les licenciements boursiers et puis il a joué sur la psychologie des Français en retournant l'argument de la « gauche molle » contre Martine Aubry qui disait: « Face à une droite dure, il faut effectivement une gauche qui ne soit pas molle, une gauche forte. Mener la transition écologique et la sortie du nucléaire, remettre la justice partout... c'est cela une gauche forte ». François Hollande fait subrepticement glisser la gauche dure que Martine Aubry veut incarner vers la « gauche brutale », un peu à la manière de l'actuelle présidence: « Je n'ai pas envie d'une gauche dure très franchement, on sort de 5 ans d'une présidence brutale et on serait nous une candidature sectaire ? Je ne le veux pas ». C'est comme au judo: il a utilisé la force de l'adversaire pour la retourner contre lui.

Malheur au vaincu

Dimanche soir il y aura non seulement un déçu mais probablement un mort politique. Quoique les socialistes puissent dire, c'est l'effet pervers des primaires: un gagnant et un perdant. D'ailleurs ils ont l'un et l'autre fermé la porte de Matignon pour leur rival: « Je suis candidate à la présidence de la République et je pense qu'il faut une grande expérience pour cela. Il vaut mieux avoir un premier ministre plus jeune que soi, pour préparer la suite », a dit Martine Aubry. Réponse de François Hollande: « Je suis plus jeune que Martine Aubry mais ça ne me donne pas ici une espérance, la mienne est différente. Le choix d'un premier ministre se fait dans la campagne présidentielle. Ce n'est pas un arrangement. » On a bien compris: ce n'est pas un fauteuil pour deux, c'est un gagnant et un perdant.

Écoutez ci-dessous « Les coulisses de la politique » de ce Jeudi 13 octobre 2011 sur RMC avec Christophe Jakubyszyn et Jean-Jacques Bourdin :

Christophe Jakubyszyn