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Avec ou sans lui, le procès Chrirac doit avoir lieu !

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h25 sur RMC.

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Le procès de Jacques Chirac et des emplois fictifs de la Ville de Paris s’ouvre cet après-midi. Sa défense a adressé au tribunal un rapport médical attestant qu’il souffre de problèmes de mémoire qui l’empêchent de répondre aux questions sur son passé. Mais quoiqu'il arrive, le procès doit se tenir.

Ce n’est pas de n’importe quel justiciable dont il est question. S’agissant d’un ancien président de la République, la dimension symbolique va très au-delà du sort personnel de Jacques Chirac. Il ne s’agit pas seulement du procès d’un homme qui est soupçonné de délits ; c’est aussi, d’une certaine façon, la légitimation de la règle de l’immunité présidentielle. La protection due au chef de l’exécutif n’est acceptable pour les citoyens que s’ils ont la garantie qu’elle prend fin avec les fonctions. En clair, qu’un président n’est pas au-dessus des lois parce qu’il pourra être jugé quand il ne sera plus président. Le seul moyen de prouver que cette règle s’applique – qu’elle n’est pas un subterfuge destiné à protéger le chef de l’Etat, quel qu’il soit – c’est que M. Chirac soit jugé. Avec ou sans lui.

Malgré un rapport médical, pourrait-on le juger en son absence ?

Le médecin dit qu’il ne peut pas répondre si on l’interroge sur son passé. Or les faits qui seront examinés à l’audience remontent à plus de 20 ans… D’un autre côté, Jacques Chirac a répondu de nombreuses fois à des juges depuis qu’il a quitté l’Elysée, en 2007. En toute honnêteté, on ne peut pas lui reprocher d’avoir voulu se soustraire à la justice. Les enquêtes ont été menées, les questions ont été posées, ses réponses sont connues. En gros, il revendique la responsabilité des emplois contestés – ce qui tend à exonérer ses directeurs de cabinet, qui sont aussi poursuivis ; et il conteste le caractère fictif de ces emplois. Donc l’audience peut parfaitement se tenir et aboutir à un jugement qui prenne en compte ce qu’il a dit hier et qui tienne compte de ce qu’il est aujourd’hui.

Un rapport médical qui arrive à la dernière minute, cela suscite quand-même le trouble dans l’opinion ?

Ce qui est difficile à comprendre, c’est que l’entourage de Chirac ait choisi d’adresser à la justice ce certificat et en même temps une lettre dans laquelle il réclame d’être jugé. C’est pour le moins contradictoire. Le malaise vient aussi de ce que son état de santé est un secret de polichinelle depuis deux ans. Mais son entourage a diffusé une propagande lénifiante, quasi stalinienne, pour faire croire qu’il n’était pas diminué. Résultat : beaucoup ont du mal à croire que cet homme s’est d’un seul coup changé en légume. Rappelez-vous sa petite phrase sur François Hollande avant l’été : les commentateurs et les politiques ont disserté tant et plus en faisant semblant d’ignorer que Jacques Chirac ne savait tout simplement pas ce qu’il disait… Même la délicatesse due à un vieux président malade ne justifiait pas qu’on trompe les citoyens de cette façon.

Quelle peut être l’issue du procès ? Est-ce qu’il peut être condamné ?

Rien ne s’y oppose – si les juges considèrent qu’il y a eu des emplois fictifs, il en a forcément été le responsable. C’est sa conscience qui est affectée, mais pas sa responsabilité. En tout cas, son éditeur pourrait avoir l’idée de rembourser ceux qui ont acheté ses mémoires… puisqu’il est censé les avoir écrits alors qu’il ne se souvenait plus de rien !

Ecoutez ci-dessous "Parti pris" de ce lundi 5 septembre 2011 avec Hervé Gattégno et Jean-Jacques Bourdin :

Hervé Gattegno