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Bettencourt : juste un fait divers

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi.

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi. - -

Le feuilleton Bettencourt relancé la semaine dernière par une nouvelle demande de mise sous protection de la milliardaire par sa fille. Françoise Meyers-Bettencourt soupçonne les proches de sa mère de vouloir abuser de sa fortune. L’histoire est bien plus simple qu’on ne le dit : l’affaire Bettencourt n’est rien d’autre qu’un fait divers.

Oui, un fait divers ; mais quel fait divers ! C’est vrai que la tentation est grande de voir l’affaire comme un genre de Dallas à Neuilly, avec des bons et des méchants bien typés. Ce qui rend l’histoire extraordinaire, ce sont les sommes en jeu. On parlait de milliards avec François-Marie Banier ; maintenant on compte en centaines de millions. A part cela, c’est une histoire très triste, pathétique même, celle d’une vieille dame qui n’a plus sa tête et qui est entourée de gens sans scrupules. Une histoire comme il y en a beaucoup en France – et dont on ne parle jamais. Donc, contrairement à ce qu’on lit ici et là, ce n’est ni un scandale politique, ni un complot aux enjeux économiques.

Il y a quand-même l’avenir de L’Oréal, dont Liliane Bettencourt est l’héritière, et qui est un des plus grands groupes industriels français…

La question est légitime et elle a une réponse claire. Liliane Bettencourt ne dirige pas L’Oréal et ses actions sont aujourd’hui contrôlées par l’ensemble de la famille. Si sa santé l’obligeait à s’éloigner, les accords qui ont été signés avec Nestlé, l’autre gros actionnaire de L’Oréal, garantissent la stabilité du capital. En plus, le pacte avec Nestlé interdit que le groupe soit vendu du vivant de Mme Bettencourt (et jusque 6 mois après sa mort), et de toute façon, sa fille a juré cent fois qu’elle ne veut pas vendre. Ceux qui insinuent le contraire sont ceux qui y ont intérêt. C’est un mensonge qui n’est pas gratuit – loin de là. Un procès d’intention pour éviter, peut-être, un procès en captation.

L’avocat de Mme Bettencourt, Pascal Wilhelm, est suspecté de l’avoir poussée à investir des sommes très importantes dans des sociétés dont il est le conseil. Est-ce que c’est vrai ?

Ce n’est pas forcément douteux mais c’est vrai. En fait, la fragilité de Mme Bettencourt est médicalement établie depuis le mois de janvier. Donc elle est sous protection depuis cette date. Mais son protecteur est justement cet avocat et il lui a conseillé – c’est-à-dire qu’il a fait en son nom – des placements discutables. Qu’à 89 ans, l’héritière de L’Oréal achète 20% d’une société de Stéphane Courbit spécialisée dans les jeux en ligne, c’est un peu bizarre. Surtout que l’opération a été signée le jour même où un médecin concluait qu’elle était très diminuée. Courbit a fait savoir hier qu’il était prêt à annuler l’investissement : c’est sûrement une bonne façon de se préserver du scandale ; mais ce n’est pas le meilleur moyen de convaincre que tout était clair…

Est-ce que la mère et la fille pourront se réconcilier un jour ?

C’est le point le plus douloureux. Dans les affaires d’abus de faiblesse, la personne abusée refuse le plus souvent d’accepter la réalité de sa maladie ou de son déclin, et elle en veut à ses enfants de souligner cette déchéance – surtout si d’autres attisent son ressentiment pour profiter de ses largesses. Le plus gros mensonge de l’affaire Bettencourt, c’est celui qui consiste à parler d’une guerre entre une mère et sa fille. En fait, c’est une fille qui veut protéger sa mère – y compris contre elle-même. Et ça, qu’on le veuille ou non, ce n’est pas une affaire de millions.

Ecoutez «le parti pris» de ce Jeudi 16 juin 2011 avec Hervé Gattegno et Jean-Jacques Bourdin sur RMC :

Hervé Gattegno