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Borloo pas candidat: tout sauf une surprise !

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h25 sur RMC.

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Jean-Louis Borloo a annoncé hier soir sur TF1 qu'il ne serait finalement pas candidat à l'élection présidentielle. Son retrait est le contraire d'une surprise.

Je continue de penser que Jean-Louis Borloo avait de bons arguments pour être candidat : une originalité dans le style et dans la pratique politique, une créativité et une expérience qui sont des forces – et que tout le monde n’a pas, y compris parmi les candidats déclarés. Il avait aussi un moteur : la revanche qu’il s’était juré de prendre après l’humiliation qu’il avait subie l’an dernier, quand Nicolas Sarkozy a renoncé à le nommer à Matignon pour garder François Fillon. En même temps, il y a chez lui une inconstance qui est connue – et un caractère imprévisible qui fait son charme mais qui fait aussi que sa candidature n’est jamais apparue comme le scénario le plus probable. Sincèrement, j’aurais été plus étonné s’il avait dit hier soir qu’il se lançait dans la course !

Il a expliqué qu'il renonce parce qu'il ne veut pas « ajouter de la confusion à la confusion ». Est-ce une explication convaincante ?

S’il veut dire qu’il n’a pas envie de provoquer la défaite de la droite en affaiblissant Nicolas Sarkozy, c’est compréhensible mais c’est un argument qui lui est opposé depuis un an : on se demande pourquoi il ne le comprend que maintenant. Et pour ce qui est d’éclaircir la situation politique, ce n’est pas très efficace : il a dit que son projet était prêt, qu’il y avait réfléchi, qu’il répondait aux préoccupations des Français mais… qu’il ne le défendrait pas – c’est clair comme du jus de chique… Son explication : « La dynamique des centres n’est pas suffisante » pour lui permettre d’espérer être au second tour. Ce n’est pas limpide non plus. Et surtout, il évite soigneusement de dire qui il veut soutenir en 2012. Bref, s’il n’ajoute pas à la confusion ambiante, il ne la fait pas reculer non plus…

Autrement dit: ses arguments sonnent faux ?

Je pense qu’au fond de lui, il n’a jamais pensé être candidat. Ou alors il est encore plus naïf qu’on ne le croit et il a cru que la création de son alliance centriste allait soulever les foules. Disons qu’il a joué avec l’idée, mais qu’il a vite su qu’il n’irait pas au bout. De ce point de vue, sa décision est responsable, respectable. Mais il y a une chose qui reste incompréhensible : s’il veut vraiment jouer un rôle dans la construction d’un « nouvel espace du centre », comme il l’a dit hier, il avait intérêt à être candidat. Au lieu de ça, il déserte en abandonnant ceux qui l’ont suivi – en rase campagne, c’est le cas de le dire. Beaucoup vont penser qu’au lieu de prendre date, il a pris… la fuite.

A qui profite son retrait ?

D’abord à François Bayrou, qui va pouvoir se poser en rassembleur du centre. Peut-être à Eva Joly et à François Hollande, s’il gagne la primaire (clause de style) – parce que Jean-Louis Borloo pouvait capter quelques voix d’écologistes et de centre gauche. Un peu à Nicolas Sarkozy aussi – mais seulement un peu – parce que les sondages montraient depuis plusieurs mois que la plupart des sympathisants de Borloo sont de toute façon résolus à ne pas voter Sarkozy. Les deux hommes pour qui ce renoncement est un mauvais coup, c’est Hervé Morin, qui va devoir être candidat à sa place et qui risque de prendre une raclée ; et Borloo lui-même, qui a perdu toute capacité de rassembler qui que ce soit autour de lui. En annonçant son retrait, il est probable qu’il a aussi annoncé sa retraite.

Hervé Gattegno