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C'est la fin d'un système où les sondages créent les favoris d'une élection

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Les instituts de sondage sont absents de la campagne de la primaire de la gauche, prévue les 22 et 29 janvier prochains. Il faut dire qu'après le Brexit, la victoire de Donald Trump et celle de François Fillon à la primaire de la droite, ces outils sont désavoués. Pour Philippe Moreau-Chevrolet, professeur à Sciences Po, les instituts de sondage vont devoir revoir leurs méthodes, et les hommes politiques devront cesser de se focaliser sur les courbes d'opinion.

Philippe Moreau-Chevrolet est professeur de communication politique à Sciences Po:

"Il y a une remise en cause aujourd'hui de la crédibilité des sondages. On croyait à une période qu'un sondage allait prédire le résultat d'une élection. Il n'y a pas de caractère prédictif à un sondage, même les sondeurs le disent.

C'est la fin d'un système où les sondages créent, avec les médias, les favoris d'une élection. Les favoris étaient assurés d'être dans l'élection, là c'est fini. Les élections sont désormais imprévisibles et les électeurs ont appris à jouer avec les sondages. Ils ne répondent plus sincèrement pour obtenir la tendance qu'ils souhaitent. Le sondage n'est plus lié au vote.

Les sondages sont devenus un outil politique pour les candidats. Les favoris se comportent comme des favoris en fonction des sondages. Juppé, dans son esprit, n'avait pas besoin de faire davantage de geste en direction du public, et il pouvait se permettre d'être un peu en retrait. On sait aujourd'hui que c'est faux et ça va obliger les candidats à être moins tournées vers les sondages et à être plus tournés vers le terrain, vers la société en général.

Ça devrait avoir un impact sur le long terme sur la façon dont on fait campagne. Les sondages vont perdre en importance auprès des équipes de campagne des candidats parce qu'ils ne vont plus considérer que c'est un indicateur fiable.

"Le système tourne à vide"

La vogue est au méta-sondage c’est-à-dire que l'on va synthétiser en temps réel tous les sondages qui sortent pour obtenir quelque chose de plus fiable. Si on fait un total de nombreux sondages sur une période longue, on va obtenir quelque chose de fiable.

C'est l'obligation pour eux de changer de méthode parce que la méthode qui consistait à créer des favoris ne fonctionne plus.

Aujourd'hui, le système tourne à vide. Le système qui consiste à créer des favoris et que ces favoris fassent la course en tête avant l'élection ne fonctionne pas parce que les électeurs eux-mêmes ne répondent plus sincèrement aux sondages. La matière première des sondages ce sont les Français. A partir du moment où les Français ne veulent pas jouer le jeu, il y a un problème pour ces outils. Il va falloir trouver de nouvelles façons de faire pour que les Français expriment sincèrement leur opinion. C'est un vrai défi.

"On a les sondages que l'on mérite"

Le problème c'est aussi que les instituts de sondage sont pressurés sur leurs coûts donc ils ont déplacé leurs enquêtes sur internet avec des méthodes pas forcement aussi fiables qu'une enquête sur le long terme. On a aussi quelque part, les sondages que l'on mérite. Faire des sondages par internet ou sur des échantillons restreints ça a un impact sur le résultat final.

Les sondages devraient arrêter d'être un outil du jeu politique et redevenir ce qu'ils sont: des indicateurs parmi d'autres pour les commentateurs et analystes politiques. Un sondage n'est pas une prédiction, c'est un indicateur. Les gens vont sans doute arrêter de voir les sondages comme une prédiction et on va certainement avoir un usage plus sain du sondage.

On va revenir à une moralisation des sondages dans la vie politique, à quelque chose de plus scientifique. On va se concentrer davantage sur le fond et aux Français. Ça va forcer les politiques à sortir de leur bulle parisienne et à retourner sur le terrain, c'est plutôt une bonne chose".

Propos recueillis par Paulina Benavente