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Ce que prouve la vidéo du Sofitel? Qu'il n'y aura pas de fin à l'affaire DSK

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h20 sur RMC.

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Les vidéos du Sofitel de New York ont été diffusées hier jeudi par BFMTV. Est-ce qu’elles permettent de comprendre ce qui s’est passé ce fameux 14 mai ? En tout cas ce que prouve la vidéo, c’est qu’il n’y aura pas de fin à l’affaire DSK.

En tout cas, il n'y aura jamais de fin incontestable – il faut rappeler que le procureur a abandonné les poursuites pénales et qu’il reste un procès au civil. Au-delà du trouble que causent les images– c’est assez étrange de se reporter 6 mois en arrière et de voir à l’écran le DSK « d’avant », le favori de la présidentielle, un des hommes les plus puissants du monde ; étrange aussi de se trouver en position de voyeur, juste après cette rencontre dont on ne saura jamais tout –, au-delà des images, donc, il y a les commentaires qu’elles suscitent. Et là, ce qui est fascinant, c’est de voir à quel point tout le monde s’approprie chaque détail, chaque élément, pour valider ses propres certitudes ou ses préjugés. Ce sont les mêmes images. Mais ceux qui croient au complot y croient encore plus ; et ceux qui restent sûrs qu’il y a eu viol en sont encore plus sûrs…

Est-ce que la position la plus raisonnable, ce n’est pas d’avoir des doutes, mais aucune certitude ?

Bien sûr, mais c’est presque impossible, tant l’affaire a soulevé de passions contradictoires et de pulsions quasi idéologiques. De ce point de vue, l’affaire DSK est un de ces faits divers hors normes, sur lesquels tout le monde se croit autorisé à avoir un avis, et même tenu d’en avoir un. On n’avait pas connu ça depuis l’affaire du petit Gregory, qui a divisé la France entre ceux qui juraient que la mère était coupable et ceux qui la défendaient. Sauf qu’on a changé d’époque et que ce qui captive d’une façon aussi malsaine dans ce drame-là, ce n’est plus la mort d’un enfant dans un petit village où personne ne parle, mais la chute d’un puissant, dans un hôtel de luxe et sur tous les écrans du monde… Et comme chacun veut sa vérité, il n’y a plus de vérité possible. Hélas.

Si on veut être rationnel, qu’est-ce que ces images nous apprennent vraiment ?

Elles nous apprennent que : 1. DSK ne s’est pas enfui – il n’a même pas l’air pressé ; pour un homme que ses accusateurs disent incapable de réfréner ses pulsions, il a l’air très maître de lui. 2. Nafissatou Diallo n’a pas l’attitude qu’on imagine celle d’une femme qui vient d’être violée – en tout cas dans les circonstances qu’elle a décrites : une vraie bagarre, une lutte violente, avec des chocs. Et là, elle patiente comme dans une salle d’attente à la sécurité sociale. Elle n’a pas du tout l’air gravement blessée à l’épaule non plus – elle fait des grands gestes, elle s’appuie même sur son épaule contre un mur ! Et puis il y a cette scène avec ces deux employés de l’hôtel qui se congratulent, une minute après que la police a été appelée. Que dire, sinon que c’est troublant et inexplicable ? En tout cas, c’est inexpliqué.

Ce passage peut-il accréditer l’idée que DSK aurait été victime d’un complot ?

Je ne crois pas au complot. Mais DSK peut avoir été piégé (pour de l’argent) par la femme de chambre, dont le procureur a conclu qu’elle a énormément menti. En tout cas, personne ne peut croire que les deux employés ne se rappellent pas la raison de leurs effusions de joie, comme la direction de l’hôtel le dit. Et à propos du Sofitel, il faut se demander pourquoi le groupe Accor a refusé de communiquer ces vidéos aux avocats de DSK – il a fallu qu’un juge les y oblige. S’ils l’avaient fait spontanément, ça n’aurait pas forcément aidé DSK ; mais ça empêcherait de penser qu’ils voulaient cacher quelque chose… Comme ils ont beaucoup traîné les pieds, on a le droit de le penser.

Écoutez le "Parti pris" d'Hervé Gattegno de ce vendredi sur RMC :

Hervé Gattegno