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Débat des primaires PS: pas assez de passion pour être passionnant

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h25 sur RMC.

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h25 sur RMC. - -

L'émission qui réunissait hier soir sur France 2 les six candidats à la primaire socialiste manquait de passion. Certains regretteront qu'il n'y ait pas eu l'affrontement attendu. Ce n'était pas un concours, mais bien un examen.

Finalement, on ne s'est pas ennuyé hier soir. Et on a eu raison d’attendre ce type d’émission avec impatience: c’était utile de voir tous les candidats ensemble s’expliquer. Le problème, c’est qu’on a surtout vu ce qui les rassemble – l’hostilité à N. Sarkozy et la nécessité d’une réforme fiscale, par exemple. Mais on voit moins nettement ce qui les distingue ou les oppose. Ça tient au contexte politique : les socialistes ne veulent pas donner d’arguments à leurs adversaires contre celui qui sera désigné. Et ça tient aussi à la forme : c’était moins un débat qu’une addition de points de vue. Résultat : la primaire est censée être un concours ; ça ressemblait plus à un examen. On peut noter les candidats, mais c’est difficile d’en choisir un

Aurait-il fallu qu'il y ai un affrontement plus marqué entre les candidats ?

Il faut sortir des faux-semblants. Qu’ils détaillent l’un après l’autre ce qu’ils proposent, c’est intéressant. Mais si on ne les interroge pas tous sur les mêmes sujets, on ne peut pas faire la comparaison – et ça condamne l’électeur à retenir la forme plus que le fond. Ce qui était frappant, c’était que même pendant le pseudo-débat, chacun cherchait à valoriser ses propres performances en évitant de parler des autres. Ça donnait par moment une conversation très figée. Et comme il a fallu attendre 23h pour voir M. Aubry et F. Hollande se chercher (un peu) sur la question du nucléaire, on a eu un peu l’impression de passer à côté de l’essentiel. Il y avait trop de déférence, pas assez de différences.

Peut-on dégager tout de même quelques enseignements de ce débat ?

M. Aubry était moins mauvaise que d’habitude. Elle a dû sentir que ses partisans ont le blues parce qu’elle patine dans les sondages. Elle a insisté, avec plus d’ardeur que d’habitude, sur le courage et de la clarté nécessaires pour gouverner – pour ceux qui n’auraient pas compris, c’est par antithèse avec François Hollande. Et Hollande, justement, eh bien je l’ai trouvé, lui, très, très prudent, – assez pour garder son avance dans les sondages, je crois ; beaucoup trop pour se préparer à affronter N. Sarkozy. Sur le fond et sur la forme, je continue de penser que le seul débat qui vaille se joue entre la social-démocratie assumée de Manuel Valls et le néoprotectionnisme d’Arnaud Montebourg. Avec un avantage hier pour Valls, que j’ai trouvé à la fois habité, persuasif et courageux.

Vous ne dites pas un mot sur Ségolène Royal ni sur Jean-Michel Baylet ?

Ils avaient l’air de deux candidats qui ne sont pas dans la course. Pour Baylet, c’est logique puisqu’effectivement, il n’y est pas. Tout le monde sait qu’il est en lice pour mieux négocier avec le PS en vue des législatives qui suivront la présidentielle. S’agissant de Ségolène Royal, c’est évidemment plus surprenant. Elle regardait ses fiches, elle avait l’air tendue, en panne d’inspiration. La règle de bonne camaraderie que les socialistes ont décidé de s’imposer ne lui profite pas – parce que d’ordinaire, la méchanceté est sa meilleure arme. En 2006, on cherchait la femme – et on l’a trouvée. En 2011, chez les socialistes, on cherche… la flamme.

Ecoutez ci-dessous le "Parti pris" de ce vendredi 16 septembre 2011 avec Hervé Gattégno et Jean-Jacques Bourdin :

Hervé Gattegno