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Double nationalité : la double erreur

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi.

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi. - -

Les députés de la Droite populaire veulent, comme Marine Le Pen, que la France supprime le droit à la double nationalité. Ils estiment que ce statut menace notre identité culturelle et la cohésion nationale. Je ne suis pas d’accord. Pour moi, les adversaires de la double nationalité commettent… une double erreur.

Une erreur politique, d’abord. L’aile droite de l’UMP se retrouve à nouveau sur le terrain du FN. Ses porte-parole pensent éviter le piège en revendiquant l’antériorité ; c’est non seulement ridicule mais faux : l’extrême-droite a toujours dénoncé la double-nationalité comme une atteinte à l’intégrité de la France – le fantasme de l’ennemi de l’intérieur. En tout cas, Marine Le Pen trouve une occasion de plus de mettre la majorité dans l’embarras puisque mécaniquement, le sujet va diviser l’UMP et frustrer une partie de son électorat. Vous avez aimé le vrai-faux débat sur la laïcité et l’islam ? Vous adorerez celui sur les binationaux…

Vous avez parlé de deux erreurs ; quelle est la deuxième ?

Une erreur de fond. Si la France a été (au début du XXe siècle) l’un des premiers pays à accepter que des étrangers adoptent la nationalité française sans renoncer à leur patrie d’origine, ce n’est ni par l’effet d’une dérive ni par faiblesse. Au contraire, c’est pour une raison de souveraineté : la tradition universaliste française veut qu’on accepte comme l’un des nôtres celui qui désire le devenir. Donc cette décision ne peut pas dépendre du bon vouloir d’un autre pays, qui accepterait ou non qu’un de ses ressortissants se défasse de sa citoyenneté d’origine. C’est cette règle qui s’applique et aucun régime, à aucune époque depuis la Révolution, n’a considéré cela comme une menace.

Marine Le Pen écrit, dans sa lettre aux députés, que la présence de 4 millions de binationaux franco-algériens sur notre sol pourrait peser sur notre politique à l’égard de l’Algérie. Elle a tort ?

S’il s’agit de tenir compte des liens historiques que nous avons avec l’Algérie, c’est sûrement vrai mais c’est normal. Si elle veut dire qu’ils pèseraient par leur vote, pour l’instant c’est faux mais ça pourrait être vrai un jour. Mais dans cette hypothèse, je ne vois pas où serait la différence entre un Français d’origine algérienne, un Algérien naturalisé français ou un immigré qui reste Algérien. Est-ce qu’on pense que le changement de passeport les ferait voter différemment ? Evidemment non. Zidane a gagné la coupe du monde en bleu, mais il sait où sont ses racines. Et Yannick Noah est la personnalité préférée des Français, mais je me souviens qu’en 1983, quand il a gagné Roland Garros, il a dédié sa victoire au Cameroun. On voit bien que ce qui est sous-jacent dans ce débat, ce n’est pas la défense de l’identité, c’est la méfiance de l’étranger. Donc la xénophobie.

Est-ce qu’il n’y a pas aussi, en toile de fond de cette polémique, une nouvelle illustration d’un certain malaise français face au poids grandissant de l’islam ?

Sans doute. C’est en tout cas le pari de Marine Le Pen. Il y a aussi l’idée archaïque que la nationalité se mérite, et qu’on devrait en être fier. Je ne vois pas quelle fierté il y a à naître Français plutôt que Malien ou Islandais. Dans le monde difficile que nous connaissons, être Français me paraît être un bonheur plutôt qu’un honneur. C’est la chance de vivre dans un pays libre et (relativement) prospère où la tentation du repli identitaire alimente le débat, certes, mais reste minoritaire. Pourvu que ça dure !

Ecoutez «le parti pris» de ce Mardi 7 juin 2011 avec Hervé Gattegno et Jean-Jacques Bourdin sur RMC :

Hervé Gattegno