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ÉDITO - Congrès de Versailles: pourquoi Emmanuel Macron prend "un gros risque"

Emmanuel Macron s’exprime ce lundi devant les parlementaires réunis en Congrès à Versailles. Une manière inédite pour lancer son quinquennat, estime dans Bourdin Direct Cécile Cornudet, éditorialiste politique au quotidien Les Echos. Et qui n'est pas sans risques pour le président de la République.

"Emmanuel Macron qui s'exprime ce lundi devant le Congrès, c’est de "l’utilisation à plein de tous ses pouvoirs", comme disent ses proches, et c’est totalement assumé. Alors il est vrai que l’opposition grince, Jean-Luc Mélenchon notamment qui boycotte l’événement, tout comme certains défenseurs du rôle du Premier ministre. Mais aussi la presse bien sûr, à qui on refuse une interview du 14 juillet. Mais Emmanuel Macron est persuadé que ça ne trouble que les intéressés, et que les Français eux, attendent ça de lui, qu’ils ont une vision présidentialiste du pouvoir. Ce n’est pas un hasard s’ils ont voté massivement à la présidentielle et beaucoup moins aux législatives. Et vous avez vu l’émotion immense suscitée par la mort de Simone Veil? Les centaines de milliers de signatures pour sa panthéonisation? Et bien, c’est le signe que les Français aiment les grands hommes (ou femmes). Emmanuel Macron veut être dans cette grandeur. C’est lui qu’ils ont élu, c’est donc lui qu’ils jugeront. Il en déduit que ça ne sert à rien de se cacher, autant assumer, et s’exposer. Et il le théorise auprès de ses proches: "Je veux retrouver le sel de la 5e République", dit-il.

Un discours pour lancer le quinquennat

A quoi ça de faire un discours maintenant après avoir déjà beaucoup parlé pendant la campagne? Ça sert à lancer le quinquennat proprement dit. A fixer le terme du contrat avec les Français. A l’Elysée, on dit que c’est un "moment d’explication originel". Que c’est le "vrai coup d’envoi" du quinquennat, et que l’impact sera d’autant plus important que le premier ministre parlera dans la foulée demain. Deux coups d’envoi si on peut dire. Les deux discours sont conçus ensemble, et fabriqués ensemble, les deux cabinets échangent depuis une semaine pour dire, sujet après sujet, voici ce que le président traitera, voici ce que le premier ministre traitera. A Emmanuel Macron la vision du pays donc, une analyse sur l’équilibre des pouvoirs et des réformes institutionnelles. A Edouard Philippe, l’agenda des réformes et avec lui le report de promesses de campagne qui ne pourront être menées faute de marges de manœuvre budgétaires. Il aura davantage les mauvaises nouvelles.

Un exercice risqué

Au total, c’est un exercice risqué. Très risqué. D’abord parce que si Emmanuel Macron raréfie sa parole -ce sera sa première vraie expression depuis son élection le 7 mai- il faut qu’elle soit forte, qu’elle marque. En même temps, il faut que ce soit celle d’un président, et non plus celle d’un candidat. Il faut qu’on voit le changement de registre. Qu’on se dise: 'ça y est ça commence', sans que cela déçoive. Enfin, il faut que ce soit le lancement d’un processus qui transforme effectivement le pays, puisque c’est son objectif. Les Français aiment peut-être le pouvoir présidentiel, la verticalité, Versailles, la pompe… Mais ils veulent des faits, de l’action. Quand il y'a beaucoup de pouvoir, il y a aussi beaucoup d’exigences."

Cécile Cornudet avec P. G.