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Et si on laissait Mitterrand où il est ?

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h20 sur RMC.

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François Hollande a célébré hier à Jarnac la mémoire de François Mitterrand, à l'occasion du 16e anniversaire de sa mort. Le candidat PS est venu chercher dans la ville natale de l'ancien chef de l'Etat «les forces de l'esprit» pour donner «à la France un deuxième président socialiste». Et si on laissait Mitterrand là où il est ?

Ce n’est pas pour faire injure à la mémoire de François Mitterrand que je le dis, mais la politique ne se fait pas dans les cimetières et le culte des grands hommes est une manifestation de plus à l’ultra-personnalisation de la politique. On vénère les chefs disparus pour leurs victoires bien plus que les idées qu’ils défendaient. On trie dans leurs héritages ce qui peut resservir et on jette le reste. Ça vaut pour De Gaulle, et maintenant pour Mitterrand. Personne ne peut dire comment ils gouverneraient en 2012, ne serait-ce que parce les grands politiques ont l’art d’évoluer au bon moment, de sentir le vent de l’histoire. Mitterrand a peut-être « changé la vie », mais il a souvent changé d’avis aussi. La seule vraie constante de sa vie politique, c’est l’obsession du pouvoir.

Hollande se construit une image solide

En tout cas, il est sûr que sa visite à Jarnac s’inscrit plus dans une scénarisation de sa campagne que dans l’expression d’une fidélité indéfectible, puisque l’an dernier, il n’était pas venu à la cérémonie... Mitterrand avait invoqué « les forces de l’esprit ». Chacun sait que François Hollande a de l’esprit, c’est effectivement la force qui lui manque. Non pas la ténacité, il ne faut pas le sous-estimer. Mais plutôt l’autorité, c’est-à-dire l’aptitude à s’imposer aux autres ; et le caractère, la capacité à prendre des décisions difficiles. Alors pour s’imposer, il a eu la primaire. Et pour ce qui est du caractère, une bouffée d’air de Jarnac ne suffira pas. Mitterrand avait promis l’abolition de la peine de mort avant son élection, même si la majorité des Français y était hostile. On cherche quel candidat aurait le cran d’en faire autant aujourd’hui.

En s'inspirant de Mitterrand, Hollande cherche surtout à imiter sa stratégie

C’est probable mais encore faut-il la décrypter correctement. La longue marche de Mitterrand vers le pouvoir part d’une ligne très à gauche, avec une dénonciation féroce du gaullisme et de la Vè République, puis du giscardisme ; elle passe par une alliance avec le PC qui sera rompue avant 1981 mais dont il garde un projet très radical (les fameuses 110 propositions). Ce n’est qu’une fois à l’Elysée que Mitterrand s’est recentré, quand il a fait primer ses convictions européennes sur ses utopies économiques. Donc une ligne très à gauche et une longue liste de promesses concrètes – dont beaucoup ont été réalisées après 1981. Là encore, Mitterrand a pris le risque de s’aliéner une partie de l’opinion pour en convaincre une plus grande. C’est l’inverse de ce que fait Hollande !

L’ambiguïté: marque de fabrique de Mitterrand

Evidemment – et de ce point de vue, beaucoup de candidats sont mitterrandistes ! Simplement, il ne faut pas oublier que chez Mitterrand, le maniement de l’équivoque s’accompagnait d’un réel cynisme dans l’exercice du pouvoir, et d’accommodements avec la morale qui sont allés jusqu’à des situations scandaleuses – dans l’asservissement de la justice, dans l’atteinte aux libertés, dans les facilités offertes à certains affairistes… Le mitterrandisme, c’est comme le cholestérol : il y a le bon et le mauvais. Si François Hollande veut démontrer son « épaisseur », il devrait faire attention à ne pas se tromper de régime.

Écoutez le "Parti Pris" d'Hervé Gattegno de ce Lundi 9 Janvier 2012:

Hervé Gattegno