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"Expliquez-nous": Christophe Castaner va-t-il démissionner?

Le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner a estimé dimanche que la question de sa démission ne se posait pas après l’attaque terroriste de la préfecture de police de Paris.

Pourquoi l’opposition demande la démission du ministre de l'intérieur et pourquoi je pense qu’il ne démissionnera pas. Pourquoi l’opposition demande sa démission, c’est assez clair. Parce que quelques heures après l’attentat de jeudi, il a déclaré que l’auteur des faits n’avait jamais présenté de difficultés comportementales, ni le moindre signe d’alerte.

On sait aujourd’hui que c’est faux, il y avait eu plusieurs alertes. Notamment le fait de ne pas avoir condamné l’attaque contre Charlie Hebdo en 2015 devant plusieurs collègues. Donc soit Christophe Castaner était mal informé et il a parlé trop vite. Soit il a cherché à minimiser les faits, à cacher que le terroriste venait de l'intérieur, qu’il était accrédité défense, qu’il avait accès à des informations sensibles justement sur les islamistes radicaux.

Le ministre de l'Intérieur aurait donc soit menti, soit fait preuve d'incompétence. Dans les deux cas, estime l’opposition, cela mérite sa démission. C’est le discours du Rassemblement national, de Jean-Luc Mélenchon, d’une grande partie des Républicains.

Demandée déjà six ou sept fois depuis son arrivée

Et ce n’est pas la première fois que l’opposition demande la démission de Christophe Castaner. C'est certainement le ministre dont on demande le plus souvent le départ. J’ai compté au moins six fois ou sept fois en moins d’un an.

Le 24 novembre, premières violences des "gilets jaunes" sur les Champs-Elysées. Marine Le Pen accuse le ministre de l'Intérieur d’avoir laissé faire pour discréditer le mouvement, elle elle demande sa démission.

Décembre 2018, le saccage de l’Arc de Triomphe. Le Rassemblement national, Nicolas Dupon-Aignan mais aussi Benoît Hamon demandent sa démission.

Janvier 2019. Un leader des "gilets jaunes", Jerôme Rodriguez perd un oeil à Paris. Jean-Luc Mélenchon demande sa démission.

Mars 2019. Nouvelles violences aux Champs-Elysées, c’est l'épisode du Fouquet's. La porte-parole des Républicains demande la démission du ministre de l'Intérieur au nom de son parti. Le préfet de police de Paris, Michel Delpuech est viré. Castaner reste.

Le 1er mai dernier. Christophe Castaner dénonce les "gilets jaunes" qui ont “attaqué” l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière et son service de réanimation. Il devra le lendemain reconnaître que le mot “Attaqué” était très exagéré. Sa démission est encore demandée.

Comme elle avait aussi été demandée lorsqu’il avait été filmé en boîte de nuit, vodka a la main un samedi soir de manif de "gilets jaunes".

Il lui avait aussi été reproché au début de l’affaire Benalla d’avoir déclaré que le garde du corps d’Emmanuel Macron n’avait plus aucune fonction concernant la sécurité. Qu’il s’occupait surtout des valises. On connaît la suite : Benalla ne s'occupait pas des valises, mais de tout le reste.

Pourquoi il ne va pas démissionner

Et pourtant, je pense que Christophe Castaner ne va pas démissionner. Parce que c’est comme ça. Un ministre ne démissionne pas parce qu’il y a eu un grave dysfonctionnement dans les services dont il a la responsabilité.

Les ministres démissionnent pour de nombreuses raisons mais jamais pour manquement, échec, ou incompétence. Les derniers ministres de l'Intérieur, les deux prédécesseurs de Christophe Castaner ont démissionné. Gérard Collomb parce que ça l’arrangeait d’aller préparer les municipales à Lyon.

Et le dernier ministre de François Hollande c’était Bruno Le Roux qui a démissionné parce qu’il avait embauché ses filles comme assistantes parlementaires alors que ces filles étaient mineures.

Sinon ces dernières années, des ministres ont démissionné parce qu’ils étaient pris dans des affaires qui les mettaient en cause: le compte en Suisse de Cahuzac, les impôts de Thévenoud, les cigares de Christian Blanc, les 600 mètres carrés de l’appartement de fonction d’Hervé Gaymard, les vacances en Tunisie de Michèle Alliot-Marie...

Les ministres peuvent être sanctionnés pour des fautes individuelles

Ou alors il y a les démissions politiques. Nicolas Hulot dénonce le fait de ne servir à rien. Christiane Taubira claque la porte du gouvernement Valls parce qu’elle est en désaccord avec la déchéance de la nationalité pour les terroristes bi-nationaux. Jean-Pierre Chevènement qui a démissionné trois fois pour des raisons politiques (la Corse en 2000, l'Irak en 91 et la politique économique de François Mitterrand en 2003).

Je pensais qu’il y avait seul contre-exemple. Jean François Mattei, ministre de la Santé, qui aurait démissionné après la mauvaise gestion de la canicule de 2003 qui avait fait 15.000 morts. Mais vous savez quoi ? Pas du tout. Ce n’était que dans la tête. Jean François Mattei n’a pas démissionné et il est resté ministre de la Santé jusqu’au remaniement suivant près d’un an après.

Donc il y a bien une règle non-écrite mais ancienne: les ministres peuvent être sanctionnés pour des fautes individuelles. Pas pour les fautes de leurs administration.

Nicolas Poincaré