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François Hollande, la tortue du PS

François Hollande trace son chemin comme la tortue de La Fontaine : parti de loin et très tôt, le candidat officieux à la primaire présidentielle socialiste remonte la pente grâce à une intense campagne de terrain. /Photo d'archives/REUTERS/Ulrich Choffle

François Hollande trace son chemin comme la tortue de La Fontaine : parti de loin et très tôt, le candidat officieux à la primaire présidentielle socialiste remonte la pente grâce à une intense campagne de terrain. /Photo d'archives/REUTERS/Ulrich Choffle - -

François Hollande trace son chemin comme la tortue de La Fontaine : parti de loin et très tôt, le candidat officieux à la primaire présidentielle socialiste remonte la pente grâce à une intense campagne de terrain.

Mardi, entre deux déplacements en province, celui que le magazine Le Point vient de consacrer à sa "une" comme "L'homme qui fait peur à la droite" descend de la moto-taxi qui le dépose devant la mairie de Saint-Ouen, au nord de Paris.

Souriant, bronzé, en forme - "Comme vous avez maigri !", l'interpellent invariablement les passants - l'ancien premier secrétaire du PS assure qu'il n'est là que pour soutenir la jeune candidate aux élections cantonales.

Officiellement, il prendra la décision d'être candidat à la primaire après les cantonales des 20 et 27 mars si, et seulement si, il conserve la présidence du conseil général de Corrèze, ce qui ne devrait pas poser de gros problèmes.

Mais dans un bar bondé à l'heure du pousse-café, un homme en blouson bleu rompt le consensus en gratifiant François Hollande d'un sonore: "C'est le prochain président !".

"Voilà, voilà", acquiesce l'ancien Premier secrétaire du PS, dans une réponse teintée de gêne et de gourmandise.

Devant les micros, il appelle à voter parce que "plus l'abstention sera forte moins la sanction sera violente" pour la droite, attaque Nicolas Sarkozy sur l'emploi des seniors et défend sa "grande réforme fiscale", "mère de toutes les réformes" si la gauche revient au pouvoir en 2012.

Depuis le remaniement du gouvernement ce week-end, François Hollande est persuadé que "la présidence Sarkozy est terminée".

"Il est candidat. Il n'y aura plus de réformes, que des annonces résiduelles et de l'occupation du temps. Il faut éviter d'en parler et passer à la préparation du changement", dit-il.

LE FRANÇOIS FILLON DU PS?

"La période n'est pas désagréable", ajoute-t-il avec une fausse modestie patente. "Il y a un an, je n'étais même pas un outsider. C'est une course longue, pas un sprint final."

Sa cote de popularité progresse et il a rejoint le cercle des socialistes capables de battre Nicolas Sarkozy, jusqu'alors composé de Dominique Strauss-Kahn et de Martine Aubry.

"Ce n'est pas un phénomène de mode ou un effet de presse mais les fruits d'un travail patient", estime-t-il.

Claude Bartolone relativise cette "crédibilité sondagière".

"François Hollande fait partie des valeurs sûres mais je ne sens pas de mouvement" au sein du parti, explique le président socialiste du Conseil général de Seine-Saint-Denis.

Au PS pourtant, face à l'éventuel retour de Dominique Strauss-Kahn, accusé de représenter la droite du parti, des soutiens incongrus se font jour.

Pour l'ancienne ministre Marie-Noëlle Liennemann, membre de l'aile gauche du parti, François Hollande a plus de chance de remporter la présidentielle que le patron du Fonds monétaire international. "Lui au moins n'a pas d'ennemis à gauche".

Tout au long de 2010, François Hollande a enchaîné les colloques sur la défense, l'environnement ou la jeunesse, thème de prédilection. "Dans l'opinion publique, il est identifié sur le thème 'lui, il bosse'", se félicite le député de Seine-Saint-Denis, Bruno Le Roux, fidèle d'entre les fidèles.

La primaire vaut bien quelques ajustements.

François Hollande laisse désormais à ses proches le soin de faire des blagues - sa marque de fabrique pendant les onze années passées à la tête du PS -, ne dit pas un mot plus haut que l'autre sur les "présidentiables" du PS et a remisé son discours sur les marges de manoeuvre budgétaires infimes dont disposera la gauche en cas de victoire en 2012.

"Il a compris qu'il ne pouvait pas être élu par des socialistes en faisant du François Fillon", ironise une proche de Dominique Strauss-Kahn.

Lors de son dernier passage à Paris, mi-février, le directeur général du FMI a demandé à voir François Hollande.

Pour lui demander de se désister, racontent les mauvaises langues. Faux, réplique le candidat: "Il a intégré l'hypothèse de ma candidature sans la contester ni la négocier".

REUTERS