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Garantissons la Grèce, mais pas sans garantie !

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h25 sur RMC.

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Les députés ont voté ce mercredi le deuxième plan d'aide à la Grèce, dont la part française représente 15 milliards d'euros. Mais rien ne dit que cette rallonge suffira à renflouer le pays. Dans ces conditions, fallait-il vraiment l'accorder ?

Sortons d’abord du débat de spécialistes. Quand vous empruntez l’argent qui vous manque, votre banquier examine votre solvabilité et exige de vous des garanties – ce qu’il récupérera si vous ne pouvez pas rembourser. C’est simple et c’est légitime. Seulement ce n’est pas du tout ce qui se passe avec la Grèce. Tout le monde sait qu’elle ne pourra pas rembourser sa dette astronomique. Donc la faillite grecque est assurée. Mais comme elle entraînerait en cascade tous les pays de la zone euro, on veut à tout prix l’éviter – « à tout prix », parce qu’en échange de notre solidarité, on ne demande rien aux Grecs. Sauf des promesses de rigueur et de vertu qu’ils ne peuvent pas tenir. Alors que la France soit la première à adopter ce plan est sûrement une preuve de générosité ; mais personne n’a pris la peine de démontrer aux Français que c’est aussi un choix raisonnable.

Mais si les Grecs n'ont aucune garantie à offrir, est-ce qu'on doit les laisser tomber ?

C’est là qu’il faut mettre les points sur les i. La Grèce vit depuis longtemps sur un système où l’économie parallèle pèse plus lourd que l’économie réelle. Les mesures d’austérité imposées par le FMI n’ont servi à rien parce qu’elles n’ont fait qu’augmenter les fraudes. L’essentiel de la consommation se fait en argent liquide, sans taxe ni impôt. Donc ce sont des garanties politiques qu’il faut exiger – pas la vente de l’Acropole : il faut peut-être en arriver jusqu’à une forme de mise sous tutelle du pays par la Commission européenne, avec des mesures autoritaires pour recouvrer l’impôt. Ce débat a lieu en Allemagne, où une partie de la droite réclame le « fédéralisme budgétaire » : un vrai gouvernement économique européen.

Pourquoi ce débat a-t-il lieu en Allemagne mais pas en France ?

Pour une seule raison : l’élection présidentielle. En France, les sujets importants ne sont jamais discutés dans la campagne présidentielle. Trop risqué. Ni Nicolas Sarkozy ni le PS n’oseront prononcer le mot « fédéralisme » – ni même plaider pour plus d’Europe – face à la double menace Le Pen-Mélenchon. L’UMP vote le plan ; les socialistes s’abstiennent ; les Verts et l’extrême-gauche votent contre. Mais ce débat-là n’a pas lieu. On nous endort avec la règle d’or. Et on nous plombe avec une dette de plomb. Car attention : suprême absurdité, les 15 milliards du plan d’aide ne sortent pas de nos caisses – ils servent de garantie à des emprunts grecs… mais ils s’ajoutent tout de suite à la dette française. Ce qui rappelle une célèbre légende grecque : le tonneau des Danaïdes…

Qu'est-ce qui peut arrêter cette spirale ?

Sûrement pas le repli ni la règle du chacun pour soi. Mais des décisions politiques que, pour l’instant, personne n’a le courage de prendre. La faillite de la Grèce mettrait en péril les banques françaises, car ce sont elles qui détiennent la plus grosse part de la dette du pays. Donc il serait logique que ces banques privées – et leurs actionnaires – contribuent de façon substantielle à l’effort de solidarité. Quitte à ce que le Parlement le leur impose – on pourrait trouver des majorités pour voter cela. Sinon, l’Europe est condamnée à avoir le choix entre une faillite et… une faillite. Ce qui s’appelle, selon un autre fameux mythe grec : tomber de Charybde en Sylla.

Ecoutez ci-dessous le "Parti pris" de ce jeudi 8 septembre 2011 avec Hervé Gattégno et Jean-Jacques Bourdin :

Hervé Gattegno