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Génocide arménien : à l’UMP aussi c’est la crise diplomatique

Désaccord à l'UMP à propos du texte de loi qui pénalise la négation des génocides. Nicolas Sarkozy a décidé de passer en force...

Désaccord à l'UMP à propos du texte de loi qui pénalise la négation des génocides. Nicolas Sarkozy a décidé de passer en force... - -

Le texte de loi qui pénalise la négation des génocides, dont celui des Arméniens, a été voté hier jeudi en première lecture à l’Assemblée nationale. Depuis, c’est la crise diplomatique entre la France et la Turquie, mais aussi, paraît-il, entre Nicolas Sarkozy et Alain Juppé.

Si Alain Juppé est en colère contre Nicolas Sarkozy, c’est précisément parce qu’il était soucieux de préserver les relations entre Paris et Ankara. Comme la plupart des diplomates du Quai d’Orsay, Juppé considère que le vote de ce texte est irresponsable et à plusieurs reprises ces dernières semaines il a alerté Nicolas Sarkozy. Il l’a même fait en public, en plein conseil des ministres, la semaine dernière. Il a solennellement prévenu le président que le vote de ce texte aurait de lourdes conséquences diplomatiques et économiques. Sarkozy s’est abrité derrière le fait que c’était une initiative parlementaire.

Sarkozy force la main à tout le monde

C’est une proposition de loi déposée par Valérie Boyer, la députée UMP des Bouches-du-Rhône… Certes. Mais Valérie Boyer cherche autant à se faire bien voir de l’importante communauté arménienne de Marseille que du président. C’est Sarkozy qui a fait en sorte que le texte soit inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée dès hier, sur un créneau réservé par le gouvernement. Et ce contre la volonté de Juppé, mais aussi de François Fillon et même de Bernard Accoyer, le président de l’Assemblée. Quant au ministre de la Justice Michel Mercier, qui aurait dû représenter le gouvernement pendant le débat, il s’est fait porter pâle. C’est Patrick Ollier qui a dû s’y coller…

Tout ça pour contenter les 500 000 Français d’origine arménienne ?

Si le président a voulu que cette proposition de loi soit examinée à l’Assemblée alors que l’ordre du jour est surchargé, que le triple A est menacé, que les aéroports sont bloqués et que ça risquait de provoquer une brouille majeure avec la Turquie, ce n’est pas parce que sa femme Carla est amie avec Aznavour. Bien sûr, il y a les voix des Français d’origine arménienne, mais il y a aussi, et c’est presque plus important aux yeux de Sarkozy, la volonté de montrer qu’il tient ses engagements de 2007. Sarkozy veut pouvoir commencer sa nouvelle campagne en disant qu’il a tenu la plupart des promesses faites la dernière fois. Alors il s’évertue à cocher les cases manquantes. Cette case-là, il s’en occupe depuis le début octobre, depuis son déplacement en Arménie.

La gauche avait déjà déposé une proposition similaire… mais enterrée

Tout ce que fait Sarkozy ces temps-ci est électoral. Mais c’est pareil pour Hollande, qui drague la communauté arménienne au moins autant que Sarkozy. Dans cette affaire, la gauche avait quelques longueurs d’avance. En 2001, c’est elle qui avait fait voter la reconnaissance du génocide arménien. En 2006, l'Assemblée avait adopté une proposition de loi du socialiste Didier Migaud - dont Hollande était un des signataires - quasiment identique à celle de Valérie Boyer. Or en mai dernier, le Sénat – qui était encore majoritairement à droite – enterre ce texte. Fin septembre, Hollande déclare qu’il le fera passer quand il sera président. Et aujourd’hui Sarkozy le prend de vitesse. C’est ce qui s’appelle jouer à "plus électoraliste que moi tu meurs". Le seul qui se soit distingué, c’est François Bayrou. Hier, contrairement à l’UMP et au PS, le centriste a refusé de voter le texte.

Écoutez la chronique d'Anna Cabana, "Les coulisses de la politique" de ce vendredi à 7h20.

Anna Cabana