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Ils sont de gauche et soutiennent… Alain Juppé: "Hollande s’est planté"

Alain Juppé en meeting à Paris, le 8 octobre 2016.

Alain Juppé en meeting à Paris, le 8 octobre 2016. - Thomas SAMSON / AFP

Alors qu’arrive le premier débat à la primaire de la droite et du centre, la question fait toujours bondir les sarkozystes: les électeurs de gauche peuvent-ils faire gagner Alain Juppé? Si la plupart de ceux qui s’y rendront le fera pour faire barrage à l’ancien président de la République, ce n’est pas le cas de tout le monde. C’est ce qu’explique Pierre, électeur traditionnel du PS qui a monté le compte Twitter "La Gauche avec Juppé".

Pierre, 45 ans, créateur du compte Twitter "La Gauche avec Juppé":

"L’alternance apparaît comme évidente et nécessaire. Et il vaut mieux que cette alternance soit conduite par Juppé plutôt que par d'autres. Voter Juppé, c’est par défaut au sens où j’aurais bien aimé que ça marche, Hollande. Je ne suis ni hystérique ni sectaire: Hollande s’est planté, c’est tout c’est comme ça. Et il y a une très grosse tension à droite, dans la société, sur des sujets durs, sur l’immigration, l’identité, ce qui fait qu’il y a un énorme poids de l’extrême droite. Donc il faut contrebalancer. Le point d’équilibre quand on est de gauche, le plus acceptable et souhaitable pour moi, c’est Alain Juppé.

Dans son programme, je ne suis pas d’accord avec tout. Mais je ne suis d‘accord sur tout avec personne. C’est un programme de droite économiquement? Oui mais à partir du moment où la politique de gauche a échoué, on ne peut pas faire autre chose qu’une politique économique de droite, ça paraît logique. L’allongement du temps de travail ou le recul de l’âge du départ à la retraite, la gauche a commencé à le faire aussi. Tout le monde sait que c’est obligatoire.

"Mes idées sont plus compatibles avec celles de Juppé qu’avec celles de Mélenchon"

Après, il y aurait une vraie politique de gauche alternative, celle qui est sur une espèce de big-bang social... Il se trouve que je ne suis pas dans ce camp-là. Mes idées sont plus compatibles avec celles de Juppé qu’avec celles de Mélenchon.

Avec mes copains de gauche, il y a deux arguments. Il y a le niveau zéro, qui est de dire 'tout sauf Sarkozy'. Ça c’est ce qui marche le mieux, ça tient en une phrase et c’est tellement évident que ça mobilise tout le monde. Ensuite, le deuxième argument, et il commence à rentrer, c’est que je pense que Juppé, c’est le mec qu’il nous faut. Il a l’expérience et les qualités pour être président. Il a un programme assez équilibré. Il n’y a pas beaucoup d’inconnus.

"Mes copains de gauche me demandent si je serai pas en train de virer de bord"

Au début, quand j’étais sur la posture 'tout sauf Sarkozy', avec mes copains de gauche, ça allait. Maintenant qu’ils voient que je leur dis que c’est vraiment lui qu’il nous faut ils me demandent si je serai pas en train de virer de bord. Et bien oui. 

Le compte Twitter vient du fait que je n'avais pas du tout envie de partir sur quelque chose de structuré, avec des réunions. Je viens du numérique, et c’est très simple. Ce n’est pas un mouvement. On est indépendant, et ça arrange tout le monde. L’équipe Juppé a quand même vérifié qu’on était pas un compte parodique. C’est leur job.

"Je reçois surtout des messages pas sympas en provenance des sarkozystes"

Je suis devenu un militant d’Alain Juppé. Ce n’est pas une blague. Je reçois surtout des messages pas sympas en provenance des sarkozystes. Des trucs horribles du type ‘vous êtes des gogos, gauchos, communautaristes’. Ou on me dit que je soutiens ‘Ali Juppé’. A gauche c’est plutôt sur le programme, on me demande si je l’ai vraiment lu.

Je n’irai pas voter à la primaire de gauche. Elle ne m’intéresse pas, je considère que c’est foutu. Je ne voterai pas Hollande. Le seul un peu costaud c’est Montebourg et je ne lui fais pas confiance. Je ne vais pas aller voter Gérard Filoche quand même. La dernière fois, j’avais voté Valls au 1er tour, Hollande au 2e. C’était clair. Aujourd’hui, quand on parle les déçus du Hollandisme, ça existe: on ne veut plus subir notre destin, ni voter par défaut. Et Juppé a un vrai positionnement: gaulliste, chiraquien, un peu social. C’est assez compatible. On a eu un président bling-bling, un président normal, ce serait bien qu’on ai un vrai président maintenant."

Par Antoine Maes