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L'héritage de DSK va partir en fumée

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi.

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi. - -

Les partisans de Dominique Strauss-Kahn s’interrogent toujours sur l’attitude à adopter aux primaires du PS. Certains hésitent à être candidats ; d’autres préparent leur ralliement à Martine Aubry ou à François Hollande. Pour moi, c’est sûr, l’héritage de DSK va partir en fumée.

Je parle de l’héritage politique, bien sûr. Pas de sa fortune – qui va fondre avec les frais de justice américains. Pendant ce temps, à Paris, les « strauss-kahniens » ont le moral dans les chaussettes. La perspective du retour de leur chef les unissait et les stimulait. Sa chute les a rendus à leurs ambitions, à leurs contradictions et à leurs détestations. A leurs limites, aussi, parce ce qui faisait de DSK le grand favori des primaires, c’était la perspective d’une victoire en 2012 plus que des idées majoritaires. En clair, le PS était prêt à acheter la social-démocratie régulatrice de DSK pour le prix de sa popularité. Sans lui, ses partisans vont avoir du mal à se rendre indispensables…

Manuel Valls a réaffirmé sa candidature hier soir sur TF1. Il peut y en avoir d’autres ?

Oui. Mais peut-être pas. Il faut obtenir les parrainages et même pour Valls, ce n’est pas gagné. Il y a au moins Pierre Moscovici qui en a envie. Il le dira demain dans une tribune publiée dans Le Monde – mais à sa façon : voilà tout ce qu’il faut défendre et que je pourrais porter si un autre ne le fait pas… La semaine dernière, il y a eu un premier texte, signé par un collectif autour du maire de Grenoble, Michel Destot, qui posait en fait des conditions à un ralliement strauss-kahnien : rigueur gestionnaire, régulation du capitalisme, écologie, intégration : plein de bonnes intentions, mais rien qui permette vraiment de savoir s’ils préfèrent Martine Aubry ou François Hollande. Sûrement parce qu’eux-mêmes ne le savent pas.

Et vous, qui vous paraît le mieux placé pour récupérer l’héritage de DSK ?

Si ce n’était qu’une question de ligne politique, Hollande – parce qu’il défend une ligne plus réformiste et son style (un peu) plus moderne. Si les raisons personnelles l’emportent, Aubry – parce que c’est elle que les amis de DSK détestent le moins. Le problème c’est qu’en politique, il y a des successions mais jamais d’héritage. Le gaullisme est plus une référence historique qu’une idée politique – ou alors ni Chirac ni Sarkozy ne sont gaullistes. Le mendésisme est une exigence, pas un projet. Du mitterrandisme il reste surtout une stratégie. Et il n’y a plus eu de rocardisme sans Rocard, plus de jospinisme sans Jospin – ce qui reste de ces deux courants-là roulait d’ailleurs pour DSK. C’est dire qu’ils doivent se sentir triplement orphelins…

Par-dessus le marché, ils vont devoir garder un œil sur la procédure américaine. Vous croyez que l’affaire DSK va perturber les primaires ?

C’est assez probable. Comme la campagne ne va pas être une bataille de projets mais plutôt un duel tactique, le feuilleton de New York risque d’être plus attractif et de détourner l’opinion de la primaire. Ce sera lancinant et douloureux pour les amis de DSK – et l’effet d’image sera négatif pour l’ensemble du PS. Il n’y a pas si longtemps, les socialistes trouvaient que DSK ne parlait pas assez. Dans les mois qui viennent, ils vont sûrement penser qu’on parle trop de lui.

Ecoutez «le parti pris» de ce Mercredi 8 juin 2011 avec Hervé Gattegno et Jean-Jacques Bourdin sur RMC :

Hervé Gattegno