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La cohabitation Sarkozy-Juppé

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi.

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La nomination d'Alain Juppé en remplacement de Michèle Alliot-Marie marque-t-elle un nouveau tournant du quinquennat ? C'est la 2e abdication de Nicolas Sarkozy. Pourquoi ?

Parce qu'en confiant à Alain Juppé la mission de restaurer le crédit de la politique étrangère française, a fortiori en saluant son expérience et sa compétence - c'est tout juste s'il n'a pas dit, comme Chirac jadis, "il est le meilleur d'entre nous" -, Nicolas Sarkozy se défait d'une de ses attributions les plus essentielles. Et il ne le fait pas au profit d'un fidèle, d'un homme qui lui serait entièrement acquis, mais, au contraire, de quelqu'un qui a toujours été son rival et qui n'a pas ménagé ses critiques contre sa politique, même depuis qu'il est au gouvernement. Par exemple, Alain Juppé a déploré l'été dernier la campagne contre les Roms et, la semaine dernière encore, il a dénoncé l'idée d'un grand débat sur l'islam - dont chacun sait qu'elle vient de Nicolas Sarkozy. Donc s'il fait appel à lui, c'est qu'il n'a pas le choix. Il ne l'appelle pas au gouvernement, il l'appelle... au secours !

Ça veut dire qu'Alain Juppé était vraiment le seul capable de relancer la diplomatie française ?

C'est vrai qu'il a laissé au Quai d'Orsay le souvenir d'un grand professionnel. Mais on ne peut pas dire qu'il était le seul puisque Nicolas Sarkozy a aussi proposé le poste à Dominique de Villepin - qui l'a refusé. Il lui fallait quelqu'un qui en impose. Ce n'était plus le cas de MAM et pas davantage de François Fillon - rappelez-vous : on nous avait annoncé en novembre que le Premier ministre allait se déployer, y compris à l'internationale. On a vu. Ou, plus exactement, on n'a rien vu. Maintenant, le rapport de forces politique est nettement favorable à Alain Juppé. Il avait écrit l'an dernier une tribune dans Le Monde sur la crise du Quai d'Orsay, avec un autre ancien ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine, dans laquelle il désapprouvait la diminution du budget de la diplomatie. On va voir s'il pourra enrayer ce mouvement. Et puis, sur le fond, il a coécrit en 2008 avec Louis Schweitzer un livre blanc sur la politique étrangère qui jugeait essentielle "la stabilité dans les pays du Maghreb". Vous voyez, tout le monde peut se tromper... même Juppé !

Pourquoi parlez-vous d'une deuxième abdication ?

La première a eu lieu en novembre, quand Nicolas Sarkozy a finalement renoncé à se débarrasser de François Fillon. Il a donné le sentiment de ne pas être totalement maître de ses décisions. Trois mois plus tard, rebelote : il se résout à remercier Michèle Alliot-Marie après l'avoir soutenue le plus longtemps possible. Et tout le monde sait qu'Alain Juppé a dicté ses conditions, à commencer par la mise à l'écart de Claude Guéant des affaires internationales. Or, si le secrétaire général de l'Élysée effectuait jusqu'ici des missions à l'étranger, c'était bien à la demande de Nicolas Sarkozy. Donc il est bien clair que Juppé a demandé et obtenu son propre domaine réservé. On est assez loin de l'opération de représidentialisation que l'Élysée annonçait il y a quelques semaines...

La conséquence, c'est que Claude Guéant devient ministre de l'Intérieur. Ça veut dire que Nicolas Sarkozy en fait son homme-clé pour 2012 ?

Disons que Guéant est un peu à Nicolas Sarkozy ce qu'Alain Juppé était à Jacques Chirac. C'est un homme remarquable, mais plutôt moins politique que Brice Hortefeux, qui était déjà un fidèle au ministère de l'Intérieur. La conclusion, c'est plutôt que l'Élysée risque d'être un peu moins fort alors que Fillon, Copé et maintenant Juppé se sont renforcés. Peut-être que Nicolas Sarkozy se dit que moins il concentrera le pouvoir jusqu'en 2012, plus il aura de chance de le garder...

Écoutez le « Parti pris d'Hervé Gattegno » de ce lundi 28 février :

Hervé Gattegno