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La machine politique et médiatique tourne toute seule autour de DSK

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi.

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi. - -

DSK était à Paris ce week-end pour la réunion des ministres des Finances du G20 et on n'a vu que lui. Il ne s'est pas déclaré candidat, mais aucun doute : la campagne présidentielle vient de commencer.

Écoutez le Parti pris d'Hervé Gattegno de ce lundi 21 février :

Ceux qui guettaient la petite phrase, le mot fatidique, qui allait confirmer la candidature officielle de DSK peuvent être déçus. Ni au 20 heures de France 2 hier soir, ni dans Le Parisien de ce matin, il ne sort explicitement de l'ambigüité sur ses intentions. Il se contente de quelques petits signaux supplémentaires - pour exprimer son envie, son intérêt, sa nostalgie de la France -, mais ce qui est fascinant, c'est qu'en réalité il est déjà vu comme un candidat. La machine politique et médiatique tourne toute seule. Elle a fait de lui non seulement un candidat, mais un favori. On le mesure dans les sondages et aussi sur la scène politique elle-même. Regardez la visite de Nicolas Sarkozy samedi au Salon de l'agriculture - auprès de la France rurale chère à Christian Jacob : elle est apparue comme un micro-événement à côté de celle de DSK superstar !

Ça ne va sûrement pas calmer l'agressivité de la droite contre lui. Vous pensez que Nicolas Sarkozy a peur de DSK ?

Il affirme bien sûr le contraire à tous ses visiteurs. Et ses conseillers répètent en boucle que DSK est l'adversaire idéal pour le président sortant, parce qu'il aura du mal à rassembler la gauche, parce qu'il s'est éloigné des Français, parce qu'il serait presque aussi bling-bling que lui. Tout ça relève évidemment de la méthode Coué. La vérité, c'est que Nicolas Sarkozy s'est accroché pendant des mois à l'espoir que DSK resterait au FMI et que, maintenant que lui aussi a compris qu'il serait candidat, il est assez bon expert pour savoir qu'il va devoir affronter, avec Dominique Strauss-Kahn, l'adversaire socialiste le plus dangereux qu'il pouvait imaginer.

Mais si son principal atout est l'éloignement, est-ce que l'évidence de sa candidature ne va pas maintenant l'affaiblir, le rapprocher de ses concurrents ?

Certainement. Ça a d'ailleurs commencé, et je suis sûr qu'il faut y voir, en effet, le signe que pour les Français, ce n'est déjà plus tout à fait le DSK grand argentier du monde que l'on juge, mais le futur candidat du PS. Avec cette nuance que son autorité de directeur du FMI et sa compétence de professeur d'économie forment un capital politique qui ne va pas disparaître du jour au lendemain - surtout en temps de crise. En revanche, c'est l'aspect négatif de son éloignement qu'il a besoin de corriger : c'est pourquoi on l'a entendu insister sur la dimension sociale de la crise, sur les difficultés quotidiennes des Français. Et il a même cité un article de Marianne sur les 6 millions de salariés qui gagnent 25 euros par jour - Marianne, c'est plus une lecture de candidat que de patron du FMI...

Est-ce qu'on peut déjà avoir une idée de la future campagne qui va les opposer ?

Nicolas Sarkozy va miser sur le volontarisme - qui reste sa meilleure force. Et sur sa capacité à raviver le clivage gauche-droite, principalement sur la sécurité, l'école et la fiscalité : trois sujets toujours difficiles pour la gauche. Le pari de DSK, c'est une relance de la croissance qui profite au plus grand nombre. La phrase-clé de son intervention d'hier, moins voyante que l'allusion à Jacques Delors ou la réplique à Christian Jacob, c'était celle sur le "risque de précarité des classes moyennes" et sa conclusion : "Une autre politique doit pouvoir être engagée." Ce n'était pas une annonce, mais ça, c'était vraiment une phrase de candidat.

Hervé Gattegno