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La présidentielle entre manipulations et calomnies

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h25 sur RMC.

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L'avocat Robert Bourgi, figure de ce qu'on appelle la « Françafrique » affirme avoir livré pendant des années des valises de billets à Jacques Chirac et à Dominique de Villepin en provenance de chefs d'Etat africains. Une odeur de pourri flotte sur la campagne présidentielle...

On se demande où va s’arrêter ce déballage nauséabond, cette surenchère d’insinuations – parce que ce qui est très troublant, c’est qu’aucune preuve ne vient étayer ces dénonciations, alors que des personnalités sont gravement mises en cause. Robert Bourgi, qui est un avocat réputé pour peser chacun de ses mots, dit lui-même qu’il n’a pas de quoi prouver ce qu’il avance. Et malgré cela, un journal lui ouvre ses colonnes pour lancer des accusations gravissimes – qui sont aussitôt reprises et démenties. Résultat : on a l’impression d’assister à un règlement de comptes public dont l’enjeu n’a certainement rien à voir avec la morale. Ce n’est profitable ni pour la presse ni pour la démocratie.

Vous pensez que les médias ne devraient pas relayer de telles accusations ?

Ce ne sont pas les accusations en soi qui me dérangent, mais que n’importe qui puisse lancer des anathèmes sans qu’on en vérifie seulement la crédibilité. A 9 mois de la présidentielle, si la presse sert docilement de réceptacle à toutes les manips, le pire est à craindre. On a vu les confidences très discutables de la juge de l’affaire Bettencourt. On est en droit de se demander pourquoi maintenant Robert Bourgi, qui nie obstinément depuis 20 ans avoir fait le « porteur de valises » décide subitement de le reconnaître pour accuser Chirac et Villepin – en précisant bien que ces pratiques ont pris fin avec Nicolas Sarkozy. Son argument du «sursaut moral » est moins convaincant que celui de Villepin, qui voit un rapport avec le procès Clearstream, dont la décision sera rendue mercredi…

Me Bourgi dit qu'il se tient à la disposition de la justice. Est-ce que ce n'est pas le meilleur moyen de savoir la vérité ?

C’est la moindre des choses mais je ne crois pas que son but soit de faire la lumière. Ou alors de jeter tellement de lumière sur ces pratiques qu’on finisse par ne rien voir du tout. De toute façon, quelle enquête peut-on faire, dès lors que ce sont des chefs d’Etat étrangers qui sont censés avoir donné tout cet argent ? Aucun juge ne peut les obliger à répondre. Les citoyens vont avoir, en plus, le sentiment que la justice est impuissante – ou alors, pire, qu’elle ferme les yeux.

D'autres soupçons figurent dans le livre de Pierre Péan, « La République des mallettes », où il évoque un autre intermédiaire, Alexandre Djouhri, qui serait proche, lui, de Nicolas Sarkozy. Qu'en pensez-vous ?

A peu près la même chose. C‘est une suite d’accusations invérifiables et d’ailleurs invérifiées, qui impliquent des personnalités et des entreprises qui bien souvent n’ont même pas été interrogées par l’auteur. Là aussi, les démentis pleuvent et on éprouve le sentiment désagréable que les mobiles de cette enquête ne sont pas plus transparents que les réseaux qu’elle prétend dénoncer. On oublie de rappeler, ces temps-ci, que Pierre Péan a écrit deux livres entiers pour essayer d’innocenter Kadhafi et la Libye dans l’attentat du DC10 d’UTA. Je ne sais pas s’il y a une République des mallettes, mais à le lire, on ressent surtout un malaise dans la République. Et si on n’est pas encore dans la présidentielle, nous sommes déjà en pleine campagne… pestilentielle.

Hervé Gattegno