RMC

Le AAA de Sarkozy: Austérité, Artifice, Autosatisfaction

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h20 sur RMC.

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h20 sur RMC. - -

Clairement en campagne sans le dire, Nicolas Sarkozy s'est posé hier soir à la télévision comme le capitaine résolu d'un vaisseau pendant la tempête. Et s'est accordé un triple A.

C’était un exercice difficile que d’expliquer aux Français qu’ils ont raison de s’inquiéter tout en essayant de les rassurer. Sur la forme, on peut dire que Nicolas Sarkozy ne s’en est pas mal tiré : il était assez clair, mesuré, pédagogique – comme prévu. Sur le fond, il a surtout insisté sur ses propres mérites : il a énuméré tout ce qu’il a réussi à faire, tout ce qu’il est parvenu à empêcher et tout ce qu’il a mis en chantier… Le maître mot de son intervention c’était : « Je suis là pour faire un travail, je le fais. » Donc au total, si on peut lui accorder un AAA, c’était : Austérité, Artifice, Autosatisfaction !

Chirac, seul président modeste

L’autosatisfaction, on a compris : il a commencé l’interview en disant qu’il fallait se montrer « humble » parce que le monde a changé - ce qui n’a pas changé, c’est qu’il trouve toujours beaucoup de vertus aux décisions qu’il prend lui-même – mais il faut reconnaître aussi qu’on n’a pas connu beaucoup de présidents modestes… Seul Jacques Chirac avait dit, au cours d’une émission, pendant la campagne référendaire de 2005, qu’il ne « comprenait pas » les jeunes qui étaient en face de lui. Ça avait été interprété presque comme une abdication. Aucun risque que ça arrive à Nicolas Sarkozy. Non seulement, lui, il n’abdique pas mais il a répété vingt fois : « Je suis président », « J’ai des décisions à prendre », « J’ai des responsabilités »… C’était ce qu’il fallait comprendre : nous traversons la tempête, c’est vrai, mais il y a un capitaine à la barre.

Le cap fixé par le capitaine : l’austérité

Moment de grâce de la communication présidentielle, quand la forme épouse le fond. Nicolas Sarkozy annonce l’austérité avec… austérité. Il dit des choses graves, d’une voix grave. Il est navré de devoir parfois polémiquer (avec le PS ou ses prédécesseurs), mais toujours du bout des lèvres, sans citer de nom. Là, on est dans le troisième A : l’artifice. Il se présente comme celui qui est obligé de prendre des décisions impopulaires parce que d’autres ont conduit le pays dans l’impasse. Alors c’est vrai qu’on peut porter à son crédit la réforme des retraites, nécessaire et courageuse. Mais expliquer ce qui se passe aujourd’hui par la retraite à 60 ans (1983), les 35 heures (1997) et l’entrée de la Grèce dans l’Europe (2001), c’est un raccourci très audacieux. C’est surtout le moyen de passer sous silence que lui-même a largement creusé la dette de la France depuis 2007 – et avant le début de la crise.

Calvi et Pernaut pas assez offensifs

Yves Calvi et Jean-Pierre Pernaut l’ont trop laissé dérouler son argumentaire. Ils l’ont souvent laissé procéder par affirmation sans lui demander de préciser. Par exemple, quand il a dit qu’il fallait chercher la « réciprocité » dans nos échanges avec la Chine tout en excluant de surtaxer les produits chinois. Ou quand il a dit que la justice enquête depuis 17 ans sur la campagne d’Edouard Balladur – ce qui est complètement faux. Ils ont juste essayé de le coincer pour qu’il dise qu’il sera candidat l’an prochain. C’est pourtant la seule question dont la réponse ne fait aucun doute. Et en plus il a menti, puisqu’il a dit qu’il n’avait rien décidé.

Ecoutez ci-dessous le "Parti pris" de ce Vendredi 28 octobre 2011 avec Hervé Gattegno et Jean-Jacques Bourdin :

Hervé Gattegno