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Le Front national attire de plus en plus de professeurs: "On ne rase plus les murs"

TEMOIGNAGES - Selon un sondage CEVIPOF dévoilé ce vendredi par RMC, les professeurs voteraient de plus en plus Front national. Ainsi, ils seraient plus de 10% à avoir pour intention de voter Marine Le Pen au premier tour de l'élection présidentielle de 2017. Pour autant, si certains s'affichent ouvertement, d'autres ne le clame pas "sur tous les toits".

Ces dernières années Marine Le Pen a procédé à une grande dédiabolisation du Front national afin d'attirer un maximum d'électeurs possibles. Et cela fonctionne comme le prouve les dernières élections où le vote FN a flirté avec les 30%. Désormais, le vote FN n'est plus tabou et touche toutes les catégories socio-professionnelles. Pour preuve, traditionnellement à gauche, le corps professoral change ces dernières années et voteraient de plus en plus Front national comme le montre un sondage CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Sciences Po) dévoilé ce vendredi sur RMC.

Parmi ces enseignants qui votent FN, il y a Valérie. Alors qu'elle était "plutôt Chevènementiste et même adhérente du MRC en 2005", il y a neuf ans, elle a changé de bord et est désormais Bleu Marine. Pour autant, cette directrice d'école en ZEP à Tarascon garde le secret et ne s'affiche pas en salle des profs. "Quand vous êtes dans l'Education nationale, vous n'allez pas clamer sur les toits que vous êtes Front national, justifie-t-elle. Donc vous ne le dites pas. Et de toute façon, vous pouvez très bien voter FN sans que vos collègues le sachent".

"Les temps ont changé"

En 2010, Valérie va plus loin et s'implique dans le parti. A ce moment-là, elle se sent mise à l'écart par ses collègues. "J'ai vécu une forme d'ostracisme, assure-t-elle. C'était assez douloureux mais je ne me suis pas laissée faire et aujourd'hui je suis très respectée". Et d'ajouter: "Les élèves m'aiment, je les aime. J'adore mon métier. Je suis en ZEP et je peux vous dire que s'il n'y a pas la notion de discipline, d'autorité du professeur, ces enfants, issus de milieux défavorisés, n'auront jamais accès à une véritable culture".

Julien Langard, lui, est prof d'histoire-géo dans un lycée à Carpentras (Vaucluse) et membre du collectif Racine ("Les enseignants patriotes"). Il a adhéré au Front national en 2011, puis a été élu dans sa commune sans que cela ne perturbe sa vie au lycée. Au contraire, selon lui, "les temps ont changé": "Aujourd'hui, on ne rase plus les murs. La preuve, la semaine dernière, une collègue de mon lycée m'a demandé comment on faisait pour adhérer au parti. Il est possible que les élèves le sachent mais ce n'est pas un tabou dans les discussions".

"Jamais été ostracisé"

Il l'assure aussi: "Je n'ai jamais été ostracisé en raison de mes opinions. Je pense que le FN est le parti qui porte le mieux les valeurs de la République, de transmission de la connaissance à tous". L'arrivée du vote Front national chez les enseignants est un phénomène encore récent mais qui prend de l'ampleur estime Luc Rouband, chercheur au CEVIPOF: "C'est un des symptômes d'un malaise plus général qui traverse l'enseignement. Les professeurs sont en première ligne des problèmes sociaux, ils sont au contact direct avec les plus âgés, les familles, les parents d'élèves… Il y a beaucoup de tensions, de problèmes en ce qui concerne la mise en œuvre de la laïcité".

Et d'estimer: "Avec Marine Le Pen, on a quand même une politique beaucoup plus favorable au service public que celle de son père". Dans son programme pour 2017, le FN prône, par exemple, le renforcement des savoir fondamentaux et l'autorité des enseignants.

Maxime Ricard avec Pauline Baduel