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Le Front National diminué au second tour pour cause d'abstention

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi.

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi. - -

Il suffit de laisser parler les chiffres. Ils montrent que Marine Le Pen n’a pas gagné son pari. Ses candidats étaient présents dans 400 cantons et le FN avait recueilli 15% au 1er tour ; au second, il est à 11,7% et il n’a que deux élus. Comme l’abstention n’a presque pas bougé, le poids du FN a plutôt diminué.

On suivait de près Steeve Briois, le bras droit de Marine Le Pen dans le Pas-de-Calais, et Louis Aliot, qui est son compagnon, dans les Pyrénées-Orientales. S’ils avaient été élus, elle n’aurait pas manqué d’en faire des symboles. Donc on a le droit de dire que leur échec est symbolique. Conclusion : Marine Le Pen avait parlé au 1er tour d’un scrutin historique pour son parti ; on a vécu ensuite une semaine hystérique. A l’arrivée, c’est une défaite assez… catégorique.

Quelles leçons peut-on en tirer ?
Qu’il y a encore pour l’instant une limite à la stratégie de dédiabolisation du FN par sa présidente. Marine Le Pen n’est pas son père, elle ne tient pas les propos de son père – en tout cas sur la Shoah – mais elle obtient des résultats qui ne sont pas si éloignés des siens. Le FN a déjà eu, par le passé, quelques conseillers généraux. Mais il n’a jamais réussi à apparaître comme une alternative crédible aux partis de gouvernement. Ce n’est toujours pas le cas. Marine Le Pen parlait hier soir d’un « vote d’adhésion » en faveur de ses candidats. Admettons. On voit surtout qu’il reste, pour beaucoup d’électeurs, une barrière symbolique à ne pas franchir.

Ça veut dire que malgré la confusion des états-majors, il y a eu une sorte de « front républicain » contre les candidats du FN ?
C’est difficile à dire. Il faudra examiner en détail les résultats dans les départements pour voir où les reports de voix se sont effectués et où c’est l’augmentation de la participation qui a permis au FN de progresser. Mais on devine, dans certains cantons où le FN était fort et où il a encore progressé, qu’il a bénéficié de votes venus de la droite ; mais en face de lui, il y a eu une mobilisation plus importante pour barrer la route au FN. A Marseille, l’abstention a reculé de 5 points hier. Et le FN a été battu partout – sans que ni l’UMP ni le PS n’appelle clairement à faire battre ses candidats. De ce point de vue, il vaut mieux parler de « sursaut républicain » que de « front républicain ».

Est-ce ce scrutin est aussi un échec pour Nicolas Sarkozy ?
Clairement oui. Avec à peu près 20% des voix, l’UMP se retrouve à un niveau très bas – mais finalement cohérent avec les sondages actuels de Nicolas Sarkozy. Du coup, la ligne fixée à l’Elysée, qui consiste à appuyer très fort sur les sujets censés cristalliser le mécontentement et l’inquiétude des électeurs du FN, eh bien cette ligne a conduit Nicolas Sarkozy droit dans le mur. On l’a vu entre les deux tours et on va le constater de plus en plus : le principal débat qui anime la droite , ce n’est pas celui qui porte sur l’Islam et la laïcité (toujours prévu pour la semaine prochaine) ; c’est le débat sur l’opportunité d’une stratégie politique qui ouvre un boulevard à Marine Le Pen. Et peut-être que ce débat-là peut en faire ressurgir un autre: celui sur le choix du meilleur candidat possible pour l’UMP en 2012.

La Rédaction, avec Hervé Gattegno