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Le Parti socialiste perd son meilleur atout

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi.

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi. - -

Inculpé hier dimanche à New-York, le directeur du FMI, accusé de "tentative de viol", plaide non coupable. Mais le sort en est jeté : il ne sera pas candidat et, sans DSK, le PS perd son meilleur atout pour 2012.

Je ne sais pas si Martine Aubry a fait exprès ou si c'est son inconscient qui a parlé, mais dans sa première déclaration, elle a parlé de "coup de tonnerre". C'était la même expression qu'avait employée Lionel Jospin le 21 avril 2002, après son élimination au premier tour de la présidentielle. En fait, le mot traduit bien l'état de choc des socialistes face à une affaire qui, au sens propre, est épouvantable, sidérante. Et il traduit aussi la situation politique qui en découle : le PS avait, en la personne de DSK, un candidat qui faisait figure de favori - il ne faisait pas l'unanimité dans son camp, mais il devançait Nicolas Sarkozy dans tous les sondages. Eh bien, en un week-end, tout cela a volé en éclats.

Cela veut-il dire que DSK ne pourra pas se présenter à la primaire socialiste ?

Il faudrait un miracle pour renverser le cours des événements. Par exemple, que son accusatrice reconnaissance dans les heures qui viennent qu'elle a menti - un peu comme dans l'affaire de l'affabulatrice du RER D, qui avait inventé en 2004 une agression antisémite. Sans cela, et même s'il nie avoir commis ce qui lui est reproché, il est évident qu'il ne pourra pas se porter candidat. Je dirais même qu'il ne le voudra pas. Parce que l'efficacité lui commande de se consacrer à sa défense - il ne faut pas oublier qu'il risque des années de prison. Et parce qu'il ne voudra pas risquer de handicaper le PS. En 1999, c'est pour la même raison qu'il avait démissionné du gouvernement au moment de l'affaire de la Mnef. Il l'avait fait de son propre chef, alors que Jospin ne le lui demandait pas - et il a été innocenté deux ans après. Mais, sur le coup, il avait eu une réaction d'homme d'honneur. Je pense qu'il fera la même chose.

Qui profite le plus des malheurs de DSK ? François Hollande, comme on le dit beaucoup depuis hier ?

Dans l'ordre, plutôt Nicolas Sarkozy. Depuis des semaines, l'Élysée fait accréditer par tous ses porte-voix - y compris dans les médias - que DSK serait son adversaire le moins dangereux, mais c'est évidemment faux. Ensuite, au PS : François Hollande va se retrouver mécaniquement favori, mais Martine Aubry va être poussée, presque requise de se présenter. Et on ne peut pas exclure que d'autres se déclarent - Pierre Moscovici ou Gérard Collomb avaient dit qu'ils se lanceraient si DSK n'y allait pas. Bref, on va s'apercevoir, par contraste, qu'en réalité la perspective du retour de DSK était un facteur d'unité au PS et que, sans lui, cette unité risque d'être mise à mal.

À part Marine Le Pen (et Bernard Debré), la plupart des politiques sont restés très prudents depuis hier pour commenter l'affaire. Ils ont raison ?

Évidemment. Pas seulement parce qu'il faut respecter la présomption d'innocence mais parce qu'il est indigne de colporter des rumeurs sur des affaires pareilles sans connaître ni les faits précis ni la version de DSK. Et ce qui est grave, triste même, c'est que même si la justice finit par le blanchir - ce qui lui est déjà arrivé -, on a l'impression qu'il est déjà politiquement condamné.

Ecoutez «le parti pris» de ce lundi 16 mai avec Hervé Gattegno et Jean-Jacques Bourdin sur RMC:

Hervé Gattegno