RMC

Le seul vainqueur de la primaire ? Le PS !

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h25 sur RMC.

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h25 sur RMC. - -

Troisième et dernier débat entre les candidats à la primaire socialiste, hier mercredi soir. Toujours pas de vainqueur... sauf le PS.

Si on dresse le bilan de cette première partie de campagne, tout le monde est d’accord pour dire que le PS en sort renforcé. Les candidats n’ont pas tous gagné en crédibilité, mais ils ont montré une certaine tenue. Et surtout, ils ont réussi ce qui n’était pas évident a priori : débattre sans se combattre, s’opposer sans se diviser. On a même vu assez clairement hier soir à quel point, sur les sujets sociaux et sur les grands sujets de société, ils sont d’accord sur l’essentiel. Rappelez-vous que c’était la critique principale des chefs de l’UMP il y a quelques mois : les socialistes devaient s’écharper et sortir de cette campagne en lambeaux. Aujourd’hui, François Fillon lui-même admet que les primaires sont un bon système. Il a raison : c’est un progrès démocratique qui va laisser des traces. Faire école.

Individuellement personne ne s'est imposé, les socialistes ont gagné collectivement

Personne ne s’est détaché durant les trois débats – même si hier soir, Martine Aubry et Manuel Valls m’ont paru parfois plus convaincants. Au final, il y a quand même deux grands enseignements. 1. A l’origine, on attendait une domination des deux favoris : M. Aubry et F. Hollande. C’est au contraire les deux quadras, A. Montebourg et M. Valls qui ont crevé l’écran. C’est leurs discours tranchés – l’un sur le protectionnisme, l’autre sur la sécurité – qui ont marqué les esprits et qui ont fait école au sein du PS. 2. La campagne a confirmé F. Hollande dans le rôle du favori. Mais c’est un favori qui n’est ni un leader ni un champion. Il va sans doute s’imposer mais il n’en impose pas. Et comme il est très elliptique sur ce qu’il propose, tout reste à faire pour lui.

Le député Jean-Jacques Urvoas, qui soutient Hollande, envisage que les autres candidats se retirent après le vote de dimanche pour lui éviter un second tour. C'est une drôle d'idée ?

C’est même une idée stupide sur le fond et maladroite sur la forme. D’abord, ce n’est pas très démocratique de vouloir qu’un scrutin à deux tours se joue à un tour. Surtout, ça traduit une certaine inquiétude chez les partisans de F. Hollande de ce qui pourrait se passer entre les deux tours – en clair, une alliance de tous ses concurrents pour l’empêcher d’être désigné. C’est peut-être le signe que malgré les sondages, qui lui donnent toujours un avantage très net, F. Hollande ne se sent pas si assuré qu’il en donne l’air – pas très « force tranquille », finalement…

L'avènement des primaires marque l'acceptation définitive par les socialistes du modèle présidentiel français ?

Absolument. Et le paradoxe, c’est que ce processus a été conçu, au départ, pour barrer la route à Ségolène Royal, qui est celle, parmi tous les prétendants du PS, qui adhère le plus à ce modèle présidentiel – celui dont on dit qu’il suppose « la rencontre d’un homme (ou d’une femme) avec le peuple ». S. Royal avait été plébiscitée il y a 5 ans par l’opinion de gauche ; il est probable que cette fois, elle sera écartée faute d’avoir su faire fructifier son capital politique. De ce point de vue, la primaire a rempli son office. Pour qu’elle soit un vrai succès, il reste à attirer des millions de votants et à sélectionner un candidat capable de gagner en 2012. Une de ces deux conditions est plus facile à remplir que l’autre – je vous laisse deviner laquelle…

Ecoutez ci-dessous le "Parti pris" de ce jeudi 6 octobre 2011 avec Hervé Gattegno et Jean-Jacques Bourdin :

Hervé Gattegno