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Le sondage discutable qui efface Marine Le Pen

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h20 sur RMC.

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Si Marine Le Pen ne pouvait pas être candidate, Nicolas Sarkozy en serait le principal bénéficiaire : il se retrouverait à égalité avec François Hollande au premier tour, selon un sondage Ifop publié hier par Le JDD.

La question posée est intéressante sur le fond, sans doute pertinente : plus Marine Le Pen affirme qu'elle n'a pas ses 500 signatures, plus on est en droit de se demander ce qui se passerait si elle ne pouvait se présenter. Le problème tient plus à la façon dont la question est posée et dont le résultat est mis en scène. Si l'idée est de retirer les candidats qui n'ont pas les parrainages à ce jour, il n'y a pas de raison de maintenir dans la liste les deux candidats d'extrême gauche (Nathalie Arthaud et Philippe Poutou) : ils ne les ont pas plus que Marine Le Pen. On peut aussi trouver abusif de présenter cette enquête comme "le sondage qui change tout", le titre du JDD. Si c'est un coup commercial pour le journal et l'institut, ce n'est pas très glorieux ; s'il y a un sous-entendu politique, c'est encore pire.

Vous voulez dire qu'il pourrait y avoir derrière ce sondage une volonté de servir les intérêts d'un candidat ? Vous pensez à Nicolas Sarkozy ?

Je ne dis aucunement que l'Élysée pourrait être derrière ce sondage. Mais il est évident que c'est à Nicolas Sarkozy que ces chiffres font le plus plaisir : malgré les menaces de Marine Le Pen, 4 électeurs sur 10 du FN voteraient pour lui si leur candidate n'était pas là. Du coup, il ferait (pour la première fois) jeu égal avec François Hollande. Ce qui peut troubler, c'est que ce sondage tombe au moment où il y a un débat national sur les signatures, où les maires peuvent se demander quel sens donner au parrainage d'un candidat dont on ne partage pas les idées - et où surtout beaucoup d'élus de droite doivent être partagés entre le souhait du pluralisme et l'intérêt de leur camp. Pour ceux-là, le résultat est une incitation très claire à refuser leur soutien à Marine Le Pen.

Donc, vous dites que ce sondage est discutable..., mais qu'il faut en discuter. Ça veut dire qu'il contient quand même des enseignements intéressants ?

Plusieurs. D'abord, les électeurs de Marine Le Pen se situent majoritairement à droite : Nicolas Sarkozy serait (de loin) le principal bénéficiaire de son retrait, ainsi que François Bayrou et Nicolas Dupont-Aignan. Attention, précisons que l'Ifop a aussi retiré Villepin, Morin, Boutin et Lepage - dont on peut supposer que les (maigres) intentions de vote se reporteraient plus sur François Bayrou. Autre enseignement : sans Marine Le Pen, François Hollande progresserait de 3,5 points et Jean-Luc Mélenchon d'un point - sans doute qu'il y a un électorat populaire hostile à Nicolas Sarkozy... et qui pour l'instant choisit Marine Le Pen. Mais on aurait une vision plus précise si l'Ifop avait clairement posé la question aux électeurs du FN : "En l'absence de Marine Le Pen, pour qui voteriez-vous ?" On n'en serait pas réduits à procéder par déduction.

Est-ce que vous faites un lien entre ces chiffres et le durcissement du discours de l'UMP, avec notamment la nouvelle sortie de Claude Guéant sur la "valeur" des civilisations ?

L'UMP n'a pas attendu ces sondages pour essayer de trouver un discours qui parle aux électeurs tentés par le vote Le Pen. C'est vrai qu'il est arrivé à Claude Guéant de tenir des propos équivoques, et même provocateurs. Mais la phrase d'hier n'a rien de scandaleux. Elle dit une évidence - il y a des différences entre les cultures -, elle n'établit aucune hiérarchie. Elle ne dit pas que la nôtre serait supérieure aux autres. Donc, il y a sûrement de l'électoralisme chez celui qui la prononce, et au moins autant chez ceux qui la dénoncent. Guéant dit : "Toutes les civilisations ne se valent pas." On peut ajouter : toutes les citations non plus.

Ecoutez ci-dessous le "Parti Pris" d'Hervé Gattegno de ce lundi 6 février 2012 :

Hervé Gattegno