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Les agences de notation roulent pour les extrêmes

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h25 sur RMC.

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h25 sur RMC. - -

L'agence de notation américaine Moody's a mis la France « sous surveillance » pour réévaluer le fameux AAA. Une décision qui risque de peser sur la campagne présidentielle.

Ce qui crève les yeux, c’est la volonté de cette agence – qui d’ailleurs ne s’en cache pas – d’influer sur le cours de l’élection à venir. L’annonce de Moody’s tombe juste après la primaire du PS, pile au début du débat sur le budget, et la décision sur le AAA tombera en janvier, soit au moment où Nicolas Sarkozy sera sur le point d’entrer en campagne. La conséquence logique, c’est que les « partis de gouvernement » (l’UMP, le PS et les centristes), qui rivalisaient déjà de prévisions churchilliennes, vont devoir promettre encore plus de rigueur. Que leurs propositions risquent donc d’être plus proches que jamais. Mécaniquement, ce recentrage du débat ouvre un espace à ceux qui prétendent refuser la loi des marchés : les extrêmes ; à gauche et à droite.

Autrement dit : Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ?

En tout cas, tous les candidats qui proclameront qu’il faut renverser la dictature des marchés ou au moins limiter leur toute-puissance – et l’on sait que c’est un désir (un fantasme ?) qui monte. Donc le paradoxe c’est que la pression exercée par le système financier avec la menace de dégradation de la France profite politiquement à ceux qui dénoncent ce système. On le sait, l’un des enjeux de l’élection de 2012 sera la capacité des politiques à reprendre les commandes, à montrer qu’ils ne se soumettent pas aux intérêts financiers. De ce point de vue, ceux qui feront campagne à l’intérieur du cercle tracé par les experts et les marchés partiront avec un énorme handicap : ils ne pourront offrir que des nuances de gris – là où les candidats anti-système voient tout en rouge.

Est-ce qu'il n'y a pas dans l'opinion une prise de conscience de la gravité de la crise, qui favoriserait au contraire les candidats les plus « sérieux » ?

C’est l’équation de François Hollande. Il fait le calcul que le rejet de Nicolas Sarkozy et les angoisses créées par la situation économique ouvrent la voie à un candidat à la fois apaisant et entreprenant. Ça lui a réussi jusqu’ici, mais les primaires ont bien montré l’attrait qu’exercent sur une grande partie des sympathisants de gauche les idées protectionnistes défendues par Arnaud Montebourg – ou Jean-Luc Mélenchon. Pour garder son statut de favori virtuel, François Hollande va devoir s’efforcer de concilier ces idées-là avec les siennes, ce qui revient à essayer de jouer de la musique de chambre avec une guitare électrique. L’harmonie n’est pas garantie…

A quelles conditions la crise pourrait-elle profiter à Nicolas Sarkozy ?

Son pari à lui, c’est que la situation reste grave mais pas désespérée jusqu’à l’élection – et que le chaos soit évité, en Grèce et ailleurs. Auquel cas il apparaîtrait le mieux à même de rassurer à la fois l’opinion et les marchés, par rapport à des concurrents moins chevronnés et – c’est pourquoi la droite va souligner pendant les 7 mois qui viennent l’inexpérience du pouvoir de François Hollande. Seulement les paris, ça se gagne ou ça se perd. Si d’aventure la France perd son AAA, Nicolas Sarkozy portera le chapeau : c’est-à-dire qu’il devra faire campagne avec un bonnet d’âne sur la tête – ce ne serait pas idéal pour son prestige.

Ecoutez ci-dessous le "Parti pris" de ce Jeudi 20 octobre 2011 avec Hervé Gattegno et Jean-Jacques Bourdin :

Hervé Gattegno