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Les coups de griffes de Chirac à Sarkozy

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Dans le tome 2 de ses mémoires, l'ancien chef de l'État livre ses quatre vérités sur Nicolas Sarkozy. Sans haine, et sans indulgence.

On est ce matin dans la tête de Jacques Chirac : « Je sais désormais à quoi m’en tenir »… cette phrase terrible de Jacques Chirac le soir du 6 mai 2007, c’est la première phrase qui salue la victoire de Nicolas Sarkozy. Jacques Chirac est devant sa télévision à l’Elysée. Il y a Bernadette, son petit-fils Martin et l’ensemble de ses collaborateurs. Nicolas Sarkozy prononce son discours de victoire salle Gaveau. Jacques Chirac attend secrètement le moment où le nouveau président lui rendra hommage, le remerciera du soutien qu’il lui a apporté pendant la campagne. « Ce moment ne viendra jamais », écrit un Jacques Chirac visiblement blessé. « Au fond de moi je suis touché », avoue aujourd’hui l’ancien président.

Cela faisait pourtant 15 ans que Jacques Chirac se méfiait de Nicolas Sarkozy ?

Oui Nicolas Sarkozy, lieutenant d’Edouard Balladur, tente une première fois de l’empêcher d’accéder à l’Elysée en 1995. Et petite bombe de ce livre, Jacques Chirac semble penser que la pluie d’affaires qui s’abat sur lui, emplois fictifs, affaire des terrains de Vigneux, pourrait avoir pour origine Nicolas Sarkozy, ministre du budget d’Edouard Balladur. « Il m’a toujours manqué la preuve », indique Jacques Chirac. « Les attaques lancées contre Alain Juppé ne devaient rien au hasard elles non plus », explique Jacques Chirac. Deux ans plus tard, Jacques Chirac est à terre. Il entame sa cohabitation avec Lionel Jospin. En 1999, Nicolas Sarkozy annonce à Jacques Chirac qu’il veut prendre la présidence du RPR. « Je retrouve Nicolas Sarkozy tel que je l’ai connu quelques années auparavant : nerveux, impétueux, débordant d’ambition, ne doutant de rien et surtout pas de lui-même ».

Oui mais il faut dire que Jacques Chirac le lui rend bien. Il n’a jamais fait confiance à Nicolas Sarkozy.

C’est vrai et on comprend, d’ailleurs, à la lecture de ce livre de Jacques Chirac, que Nicolas Sarkozy puisse en vouloir à Jacques Chirac. A plusieurs reprises, Nicolas Sarkozy avait la légitimité politique d’être nommé à Matignon. En 2002 d’abord. En 2005 ensuite. Mais Jacques Chirac en décide autrement. « Il subsiste trop de zones d’ombre et de malentendus entre Nicolas Sarkozy et moi. J’ajoute que nous ne partageons probablement pas la même vision de la France »…

S’ouvre alors une page d’une violence inouïe entre Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy...

Oui car Jacques Chirac fait entrer Nicolas Sarkozy dans son gouvernement. A l’intérieur, à l’Economie. Et Nicolas Sarkozy lui fait payer le fait de ne jamais avoir été choisi comme premier des ministres. Il prend un malin plaisir à ridiculiser Jacques Chirac en dénigrant les combats de Sumo et le Japon, deux des passions de Jacques Chirac. « Nous n’avions pas les mêmes goûts ni la même culture » Le 14 juillet 2005, Jacques Chirac décide de remettre à sa place publiquement son ministre des Finances qui critique le budget de la défense. « Il n’y a pas de différend entre le ministre des Finances et moi pour une raison simple, c’est que je décide et il exécute ». Et pourtant, lorsque Nicolas Sarkozy devient le candidat officiel de l’UMP en janvier 2007, Jacques Chirac passe l’éponge. Il déclare lui « apporter tout naturellement mon vote et mon soutien ». Le 6 mai 2007 devant sa télévision Jacques Chirac attendra en vain un geste du nouveau président.

Ecoutez ci-dessous « Les coulisses de la politique » de ce Mercredi 8 juin 2011 avec Christophe Jakubyszyn et Jean-Jacques Bourdin :

Christophe Jakubyszyn