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Marine Le Pen n'a pas de quoi pavoiser !

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, du lundi au vendredi à 8h20 sur RMC.

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C’est toujours le même refrain : après l’élection, les commentateurs expliquent catastrophés que le FN progresse encore et qu’il a remporté une nouvelle victoire. La réalité, c’est que M. Le Pen a de quoi être déçue...

Même si le parti de Marine Le Pen réussit des percées significatives, il n’obtient que 2 députés, ce qui veut dire qu’il ne pèsera rien dans la nouvelle Assemblée. Et ce n’est pas seulement l’effet du scrutin majoritaire – le FG a 10 élus et lui non plus n’a pas d’alliés… Ce qui barre la route du FN, c’est qu’il continue à susciter un blocage chez une majorité d’électeurs. Le FN voudrait rétablir les frontières : il en reste au moins une qu’il n’arrive pas à faire disparaître…

Mais Marine Le Pen elle-même n’a échoué que d’un cheveu dans le Pas-de-Calais…

C’est le meilleur exemple : s’il y a un endroit où le FN a travaillé son implantation comme les partis traditionnels, c’est Hénin-Beaumont. En plus M. Le Pen y affrontait une gauche divisée et affaiblie par les scandales. C’était une configuration idéale. Elle était en tête au 1er tour, mais elle n’a pas pu réunir 50% des voix au second. On peut penser que son coefficient personnel a joué en sa faveur au 1er tour et qu’il s’est retourné contre elle au second. C’est l’inconvénient de la « marque Le Pen » : elle est à la fois très attractive et très… dissuasive.

Sauf qu’il y aura quand-même une Le Pen à l’Assemblée : à Carpentras, la nièce de Marine Le Pen, Marion Maréchal, a été élue !

Certes mais sans le maintien de la candidate PS, elle était battue. En tout cas, on ne peut pas dire qu’une étudiante arrivée de Paris juste avant l’élection soit le symbole idéal de l’enracinement du FN dans la France profonde. Jadis, le FN enrôlait des parachutistes ; à présent, lui aussi envoie des parachutés. Cela vaut également pour G. Collard, qui a moins l’air d’un extrémiste que d’un opportuniste : il a été à gauche, radical, gaulliste, divers droite ; comme avocat, il a fait des procès au FN pour des agressions racistes et il précise bien qu’il n’est pas membre du FN. Comme porte-drapeau, on pourrait rêver mieux… Ne parlons pas du style : ses premiers mots ont été pour s’autoproclamer « casse couille » de l’Assemblée. Ça promet de grands moments d’éloquence parlementaire… Ajoutons qu’il y a un 3è élu d’extrême droite à l’Assemblée : Jacques Bompard, le maire d’Orange. Lui aussi a une tête de contre-exemple : pour assurer son implantation et sa carrière, il a dû rompre avec JM Le Pen il y a plus de dix ans. A bien des égards, il est sur une ligne bien plus à droite que le FN mais il est difficile de voir en lui le meilleur représentant de la progression des idées lepénistes…

On ne peut pas nier que la campagne du 2nd tour a essentiellement tourné autour du FN. N’est-ce pas un succès pour Marine Le Pen ?

Disons que c’est une satisfaction… qui débouche sur une frustration. La plupart des élus qui ont symbolisé la ligne « droitière » de l’UMP – et parfois flirté ouvertement avec les idées de l’extrême-droite – ont été battus : N. Morano, M. Joissains, C. Guéant, Ch. Brunel… A l’inverse, ceux qui ont dénoncé toute forme de rapprochement ont gagné, même quand M. Le Pen avait spécifiquement appelé à les faire battre comme NKM ou X. Bertrand. Ces résultats-là montrent que sa capacité de nuisance est moins grande qu’elle ne croyait. Il n’y a aucune raison de faire semblant de ne pas l’avoir vu.

Pour écouter Le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce lundi 19 juin, cliquez ici.

Hervé Gattegno