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Nicolas Sarkozy veut cacher aux Français ce qu'ils savent déjà.

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Jeudi, Le président de la République a refusé de parler de « rigueur » à propos du plan présenté par François Fillon pour réduire le déficit de la France. Une manière de cacher aux Français des choses qu'ils savent déjà.

C’est vrai qu’on peut se demander pourquoi diable Nicolas Sarkozy ne veut pas assumer qu’il mène une politique de rigueur alors que c’est le mot qu’utilisent la totalité des commentateurs, des experts, des journaux – et même des citoyens-contribuables que nous sommes – pour la décrire ? Donc c’est une sorte de cachotterie puérile, hypocrite ou alors condescendante, mais en tout cas parfaitement inutile. Inutile parce que tout le monde a compris qu’il fallait se serrer la ceinture. Inutile aussi, pour Nicolas Sarkozy, parce que cette prudence lexicale jure avec la doctrine de 2007 : tout ce que je dis, je le fais et tout ce que je fais, je le dis.

Il n'est pas le premier : le mot « rigueur » a toujours fait peur aux gouvernants en France

C’est tout à fait exact. Le dernier président à avoir assumé le mot et le concept, c’est le général de Gaulle, bien sûr. Au début des années 60, dans une grande période d’expansion, il recommandait le « refroidissement de l’économie » et la « sévérité » de la gestion des finances publiques. Ça s’est terminé par mai 68 et sa démission, un an plus tard. Puis il y a trois premiers ministres qui ont prononcé le mot maudit : Raymond Barre et Pierre Mauroy. Barre en l’assumant, Mauroy en ergotant. Ils en ont payé le prix tous les deux. Le 3è, c’est François Fillon. L’an dernier – et contre l’avis de Nicolas Sarkozy. A l’époque, il ne la faisait pas, la rigueur, mais il le proclamait. C’était presque une insolence. Aujourd’hui, il la fait. Mais il ne faut plus le dire !

C'est l'approche des élections qui interdit l'utilisation du mot ?

Ce serait une explication logique mais en même temps, tout le monde explique que ces mesures qui viennent d’être annoncées, ces hausses d’impôts, ces nouvelles taxes, elles sont précisément faites pour montrer que le gouvernement s’attaque aux déficits et à la dette – donc pour essayer de résoudre le problème qui angoisse les Français. On ne comprend pas pourquoi il faudrait le cacher. En réalité, je me demande si ce n’est pas un réflexe, un blocage automatique qui empêche les politiques de nommer les choses douloureuses. Par exemple on ne dit pas qu’on fait la guerre en Afghanistan ou en Libye : on dit qu’on « engage des troupes ». On ne dit pas qu’il y a des désaccords au sein de la majorité, mais qu’on « lance des débats ».

Mais quand le chômage augmente, on est bien obligé de dire qu'il augmente ?

Oui parce qu’il est plus difficile de jouer avec les chiffres qu’avec les mots. Il n’empêche que Xavier Bertrand, qui a dû commenter hier la hausse du nombre de chômeurs – on dit « demandeurs d’emplois »… –, a trouvé le moyen de dire qu’il était « optimiste » après trois mois de hausses. C’est vrai que plus le chômage est élevé, plus il a de chances de baisser le mois suivant. Et le jour où il baissera, le ministre sera encore plus optimiste puisque les chiffres seront meilleurs... Tant que les politiques continueront à déréaliser le monde de cette façon avec des explications lénifiantes, il ne faudra pas s’étonner du discrédit de la parole politique. En temps de crise, un peu de rigueur dans l’expression aussi ne serait pas inutile.

Ecoutez ci-dessous "Parti pris" de ce vendredi 26 Août 2011 avec Hervé Gattégno et Jean-Jacques Bourdin :

Hervé Gattegno