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Non, le FN n'est pas un parti comme les autres

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h20 sur RMC.

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Hier lundi, RMC vous posait la question : Le FN est-il un parti comme les autres ? 74% d'entre vous ont répondu oui. Ce n'est pas mon avis.

Si on entend par « comme les autres » un parti qui concourt normalement au jeu électoral, le FN est un parti comme les autres. Il ne réclame pas non plus, dans son programme, l’abolition de la démocratie représentative – alors qu’il est lui-même fort mal représenté (il n’a ni député ni sénateur). Donc on ne peut pas le qualifier d’antidémocratique. En revanche, le FN est un parti qui s’inscrit dans la lignée de l’extrême-droite autoritaire, nationaliste et isolationniste, et dont le discours sur la « préférence nationale » jure très nettement avec nos principes républicains. De ce point de vue, le FN est différent, volontairement en marge du système politique traditionnel. C’est même ce qui fait son succès.

Plus le FN est critiqué, plus il progresse dans l'opinion

Il y a, dans l’ensemble, une présentation doublement faussée du FN – exagérément lénifiante sur ce qu’il est et démesurément alarmante sur la menace qu’il représente. C’est vrai que Marine Le Pen a réussi à substituer à l’image de l’extrême-droite pétainiste et antisémite celle d’un parti populiste qui défend les Français les plus défavorisés. Derrière l’image, la réalité n’a pas beaucoup changé… D’un autre côté, et bien qu’elle soit très haut dans les sondages, il y a souvent une exagération de son audience réelle : c’était le cas dans la présentation du sondage paru hier lundi dans Libération. Le texte disait que 30% des Français n’excluent pas de voter FN… en incluant dans ce chiffre 12% de sondés qui disaient qu’ils ne voteraient « probablement pas » pour lui. Au mieux, c’est une présentation erronée ; au pire, une manipulation.

Une large majorité de Français hostiles au FN

Libération, qui fait clairement campagne pour F. Hollande, a voulu exagérer le poids électoral du FN pour appeler au vote utile. C’est grossier, mais c’est un classique. La réalité, c’est que M. Le Pen oscille entre 17% et 20% dans tous les sondages et que c’est déjà énorme : très au-dessus du score de son père en 2002 et plus que la plupart des partis d’extrême-droite en Europe, où certains participent au gouvernement. Ce qui empêche le FN d’y arriver en France, c’est qu’il reste une large majorité qui lui est irrémédiablement hostile (68% dans le sondage d’hier ; c’est peut-être ce chiffre-là qui méritait d’être souligné…). Dans une élection au scrutin majoritaire, il se trouve toujours une majorité contre lui. C’est ce qui explique qu’il n’ait pas d’élus au Parlement, très peu dans les départements, les régions et les grandes villes.

500 signatures: bluff ou réalité ?

N’en déplaise à Mme Le Pen, il est probable que l’UMP et les autres n’ont pas besoin d’exercer des pressions sur les élus locaux pour qu’ils hésitent à lui apporter leur parrainage. Ce qui fait peur aux petits élus, ce n’est pas que les partis sachent qu’ils signent pour M. Le Pen ; c’est que leurs électeurs l’apprennent – précisément parce ses idées suscitent un rejet plus fort que celles des autres partis. C’est la limite de sa stratégie de marginalité volontaire. Avec cette conséquence, la plus frappante de toutes : des 4 candidats qui apparaissent capables d’être au deuxième tour, elle est la seule qui n’a aucune chance d’être élue.

Écoutez le "Parti Pris" d'Hervé Gattegno de ce Mardi 10 Janvier 2012:

Hervé Gattegno