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On a l'impression que Manuel Valls veut tout avoir, le beurre et l'argent du beurre

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Manuel Valls a estimé ce mardi que le "Parti socialiste était mort". L'ancien Premier ministre souhaite même être candidat sous l'étiquette La République en marche, le mouvement du nouveau président Emmanuel Macron pour les législatives. Une ultime trahison envers le PS après avoir soutenu Emmanuel Macron et non Benoît Hamon dès le premier tour de la présidentielle?

Gilles Gaetner est journaliste. Il est l'auteur de L'art de retourner sa veste – La trahison en politique (Ed. du Rocher):

"C'est quand même ahurissant: il est en train de ramper pour avoir l'investiture d'En marche! après avoir été extrêmement dur à l'égard de Macron. Il avait invoqué le 49-3 pour la loi Travail alors que Macron n'en voulait absolument pas. C'était un point de désaccord total entre Macron et Valls. Il y avait eu une séance au cours de la discussion de la loi Travail où Valls avait sèchement remis Macron sur les rails. Macron était écœuré parce qu'il avait passé 500 heures à négocier et Valls avait sorti le 49-3.

Ce qui est frappant, c'est son opportunisme. A l'époque de Sarkozy, il faut rappeler qu'il avait déjà dit que le Parti socialiste était 'en danger de mort'. A un moment donné, Sarkozy lui avait fait les yeux doux et Valls était prêt à se précipiter comme ministre. Finalement, il n'a pas osé.

"Il y a de quoi être écoeuré"

Il a ensuite cru qu'il allait être investi par le Parti socialiste pour la primaire. Il a eu une claque terrible face à Hamon qui était un frondeur. C'est la première fois qu'un Premier ministre au sein de son parti est aussi sévèrement évacué.

Il y a de quoi être écœuré. On a l'impression que Valls veut tout avoir, le beurre et l'argent du beurre. Il a été trop pressé et il a été doublé par quelqu'un de beaucoup plus fort que lui qui s'appelle Emmanuel Macron, c'est tout simple. Il n'est pas idiot, il a bien dû voir qu'il était devenu extrêmement impopulaire au sein de son parti, il aurait pu comprendre qu'il n'avait pas intérêt à se présenter à une primaire du PS. Il aurait dû attendre le prochain tour.

Trahir en politique, ce n'est jamais bon. En étant cynique, je dirai que ça ne paie pas, c'est un calcul à court terme. Sarkozy est revenu mais au fond est-ce qu'il restera dans l'histoire de la Ve République? Je ne pense pas.

"En politique, on n'est jamais mort"

Manuel Valls a quand même été nourri au lait du rocardisme qui représentait une certaine conception très honorable de la politique. Là, il se retrouve à quatre pattes pour aller à En Marche!. S'il était courageux, il se présenterait sans étiquette. Mais il n'a pas compris. Ce sera intéressant de voir quels seront les autres qui rejoindront le mouvement de Macron.

En politique, on n'est jamais mort. Mais s'il est battu dans sa circonscription aux législatives, à mon avis, il est cuit pour un bout de temps. Il pourrait alors faire une croix sur l'élection de 2022. Valls ne s'est jamais vraiment positionné. La seule position possible aurait été celle de président de la République. Il a 52 ans, il pourrait attendre tranquillement, se constituer une équipe et être candidat. Encore que les cartes sont totalement biseautées parce que si Emmanuel Macron réussit son quinquennat, il aura 44 ans en 2022, il sera encore un jeune président!"

Propos recueillis par Paulina Benavente