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Pourquoi Borloo ne sera pas candidat en 2012

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Jean-Louis Borloo a annoncé hier soir sur TF1 qu'il renonçait à présenter sa candidature pour la présidentielle de 2012. C'est une véritable surprise, y compris à droite. Décryptage et coulisses de cette décision inattendue.

Hier après-midi, Jean-Louis Borloo a appelé une poignée d’intimes seulement. Des proches collaborateurs. Il leur annonce que sa décision est prise: il ne sera pas candidat pour 2012. Ils sont évidemment effondrés, ils ne comprennent pas. En effet, ces derniers jours, le débat qui faisait rage dans son entourage était plutôt de savoir s’il devait se déclarer avant la primaire socialiste ou juste après. Hier il leur a apporté sa réponse: ce sera... jamais. Pourtant le programme était prêt, le quartier général aussi, une soirée d’inauguration a même eu lieu, il y a un mois.

Ses proches tentent de lui faire changer d'avis. En vain...

Tout le monde avait noté sa disparition depuis deux semaines. Mais dans son entourage, on est habitué. Borloo, tel un sous-marin, peut entrer en phase d’immersion pour réfléchir, pour travailler. Quand il refait surface, c’est en général parce qu’il a fini de réfléchir. Cette fois-ci, ses amis auraient préféré qu’il regagne les profondeurs pour continuer sa réflexion. Pendant une heure, hier après-midi, ils tentent de lui faire changer d’avis, en vain. « Je veux aller au 20 heures de TF1 », tranche Borloo en milieu d’après-midi. Jusqu’au dernier moment, tout le monde espère qu’il va changer d’avis. Mais à 20h13, les dés sont jetés. En son « âme et conscience » Jean-Louis Borloo renonce à une candidature qui « apporterait plutôt de la confusion que des solutions »

Face à leur écran de télévision, plusieurs élus tombent de leur chaise

Le second cercle de l'ex-possible candidat, lui, découvre tout cela à la télévision. Dominique Paillé, Yves Jego, Jean-Christophe Lagarde. Mais aussi, Rama Yade qui avait rallié Jean-Louis Borloo pour faire la leçon à Nicolas Sarkozy. En quelques secondes, toute une équipe, des milliers de sympathisants sur internet, Twitter et Facebook, crient leur désarroi. Facebook où Jean-Louis Borloo décide d'ailleurs de publier une lettre ouverte pour expliquer sa décision. Motif indiqué: il ne croit pas en ses chances d’accéder au second tour. Mais ne nous y trompons pas, c'est une fausse raison. Qui pouvait croire à un Borloo au second tour ? Depuis plusieurs mois, lui-même le savait. Sa candidature, c’était justement une candidature de premier tour, une candidature pour obliger l’UMP à changer de cap. Une candidature pour obliger Nicolas Sarkozy à adopter une ligne plus sociale, plus laïque, plus centriste.

Un vainqueur hier soir: Nicolas Sarkozy

Il faut dire que la multiplication des candidatures de centre-droit risque objectivement d’empêcher Nicolas Sarkozy d’être au second tour. Jean-Louis Borloo a d’ailleurs mis en avant le risque populiste, le risque de l’extrême droite en France comme en Europe, dans « une période de crise, la peur et le désarroi amènent vers les extrêmes. Le climat actuel, les affaires, me parait accentuer ce risque » a-t-il dit. Le risque donc que, face à la multiplication des candidatures à droite, l’extrême droite ne passe devant. Hier soir plusieurs des proches de Jean-Louis Borloo évoquaient une dernière hypothèse: celle selon laquelle les pressions qui étaient effectuées sur Borloo pour l’empêcher d’être candidat auraient finalement atteint leur objectif… De deux choses l’une alors. Soit Jean-Louis Borloo ne croyait pas en lui-même. Soit il avait peur de lui-même.
Dans les deux cas, il n’avait pas l’étoffe d’un président de la République.

Christophe Jakubyszyn