RMC

Primaire à gauche: "au niveau du noyau dur, il reste quand même des électeurs au PS"

-

- - AFP

Entre 1,7 et 1,9 millions de personnes se sont mobilisées dimanche lors du premier tour de la primaire à gauche, qui a placé Benoît Hamon devant Manuel Valls. Pour Yves-Marie Cann, directeur des études politiques à l’institut Elabe, ce résultat n’est pas si décevant que cela pour le PS.

Yves-Marie Cann, directeur des études politiques chez Elabe.

"Il y a deux façons d’analyser les chiffres de la participation. On peut y voir le verre à moitié plein, mais on peut aussi y voir le verre à moitié vide. Le verre à moitié vide, c’est la comparaison que l’on fait inévitablement avec la primaire de la droite et du centre: plus de 4 millions d’électeurs au 1er tour. Là, on sera quoi qu’il arrive sous les 2 millions. Cela fait quand même deux fois moins de votants, et cela fait aussi plusieurs centaines de milliers de votants de moins que lors de la primaire du 1er tour de la primaire du PS en octobre 2011.

Mais il faut aussi tenir compte du contexte de cette primaire: il ne s’agit pas de voter pour l’alternance, qui est un facteur de mobilisation très important. Il y a le phénomène d’usure lié à l’exercice du pouvoir, à la déception, au mécontentement qu’a suscité le mandat de François Hollande. Cela ne pousse pas à aller voter à ce type de scrutin.

"Ce n’est pas la primaire de toute la gauche"

Il y a aussi des facteurs exogènes. Ce n’est pas la primaire de toute la gauche. Jean-Luc Mélenchon sur la gauche de la gauche et Emmanuel Macron sur la droite de la gauche ne participaient pas. Leurs absences, le fait qu’ils bénéficient de vents porteurs dans les enquêtes d’intentions de vote, et que cela se vérifie en terme de mobilisation dans leurs meetings, tout cela ne joue pas en faveur d’une mobilisation.

Mais finalement, compte-tenu de ce contexte, être entre 1,7 et 1,9 millions de votants, ce n’est pas si mal. Au niveau du noyau dur de l’électorat socialiste, il reste quand même des électeurs. Et ils y croient. Finalement, c’est plutôt une performance honorable, reste à savoir dans quelle mesure le match qui opposera Benoît Hamon à Manuel Valls pour le second tour sera un facteur ou pas de mobilisation supplémentaire. Peut-être qu’à ce moment-là, la barre des 2 millions pourrait être atteinte voire franchit.

"On a vu débat après débat s’amorcer une dynamique en faveur de Benoît Hamon"

La difficulté avec cette primaire, c’est qu’on a eu une campagne éclair. On a eu deux à trois semaines utiles pour faire campagne. Et elle a été dominée par les trois débats télévisés d’avant premier-tour. On a vu, débat après débat, s’amorcer une dynamique en faveur de Benoît Hamon. A la fin du 3e et dernier débat, il s’était imposé comme le candidat ayant le plus convaincu, à la fois les téléspectateurs, mais aussi les seuls sympathisants de gauche.

Il y a des similitudes entre la primaire de la 'Belle alliance populaire' et la primaire de la droite et du centre. La dynamique en faveur de François Fillon a été tardive mais très forte. Et elle s’est faite à l’occasion des débats télévisés. Et cette logique on l’a retrouvé pour Benoît Hamon. Il y a aussi des similitudes entre eux au niveau de la motivation du vote: chez François Fillon comme chez Benoît Hamon, ce qui ressort de nos enquêtes, ce qui ressort chez leur électorat c’est la volonté de changer les choses".

Propos recueillis par Antoine Maes