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Primaires PS : tous candidats par défaut !

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h25 sur RMC.

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h25 sur RMC. - -

Le climat au sein du PS est tendu. Depuis l'intervention de DSK sur TF1, Martine Aubry est considérée comme une candidate de substitution. Mais elle n'est peut-être pas la seule...

C’est assez agaçant ce procès qui est fait à Martine Aubry de n’être candidate que parce que DSK n’a pas pu l’être. Un peu dégradant aussi pour elle et très hypocrite de la part de tous ceux qui font semblant de l’avoir découvert, comme s’ils avaient déniché un secret bien caché – le reproche vaut pour les politiques comme pour les journalistes… La vérité, tout le monde la connaît ; surtout les Français. Oui, il y avait un accord entre DSK et M. Aubry. Il prévoyait que, au moment de la primaire, celui qui serait le mieux placé se présenterait et que l’autre le soutiendrait. Jusqu’à l’affaire du Sofitel, devinez qui était le mieux placé ? La réponse est évidente.

Donc Martine Aubry est bien une candidate par défaut ?

Je dirais plutôt : par devoir. D’abord, pour ne pas laisser le PS entre les mains du couple, enfin, de l’ex-couple, Hollande et Royal, qui sont un peu les E. Taylor-R. Burton du PS. Et puis aussi, peut-être, pour conjurer le souvenir du renoncement de son père, Jacques Delors, en 1995. En tout cas, par devoir ou par défaut, ça veut dire qu’elle n’en mourait pas d’envie. Et cette absence de désir profond, tout le monde l’a sentie. A commencer par les électeurs, tous les sondages le montrent – y compris celui de ce matin. Le problème de M. Aubry, ce n’est pas l’existence d’un « pacte » avec DSK. C’est son absence d’impact – en tout cas celle de sa campagne.

La campagne de François Hollande est-elle meilleure ?

Plus efficace, ça ne fait pas de doute. Il n’y a pas que les chiffres qui le disent. Il y a une impression générale qui fait de lui le gagnant. Même après le débat de la semaine dernière, où il n’a pas été brillant, les prétendus experts ont dit qu’il avait marqué des points – des points de suspension peut-être, parce qu’il s’est contenté de prendre un air grave, de dire ce qu’il ne faut pas faire – c’est son leitmotiv : il ne faut pas « se contenter de faire des promesses », « croire qu’on va gagner seulement par rejet du sarkozisme »… Ça évite surtout de dire ce que lui ferait. A sa décharge, Hollande aussi est un candidat par défaut – comme tous les autres, d’ailleurs, puisqu’ils se plaçaient évidemment tous dans l’hypothèse où DSK allait l’emporter. Et de prétendant par défaut, Hollande, lui, est même devenu favori par surprise. Parce que quoi qu’il en dise, il n’a jamais pensé battre DSK – ses partisans non plus puisque la quasi-totalité d’entre eux soutenaient DSK… Mais lui, à l’inverse d’Aubry, il n’en avait pas les moyens mais il en avait envie…

Ça peut suffire pour faire un favori aussi à l'élection présidentielle ?

S’il gagne la primaire – quand il aura gagné… –, il devient le favori. Dans le sondage du « Point » d’aujourd’hui, il est jugé nettement mieux à même de régler la crise que N. Sarkozy. C’est dire que sa stratégie est payante. Il avait commencé sa campagne sur le thème du « président normal », c’est-à-dire comme un candidat résolu mais raisonnable. Maintenant, il prend la pose de l’homme responsable et il surfe sur la vague de l’anti-sarkozisme – la seule valeur qui progresse régulièrement à la bourse de Paris. Si ça marche encore pendant 8 mois, il sera peut-être président, par défaut.

Ecoutez ci-dessous le "Parti pris" de ce jeudi 22 septembre 2011 avec Hervé Gattégno et Jean-Jacques Bourdin :

Hervé Gattegno