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PS : le projet d'Aubry pour 2012 en vente !

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi.

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi. - -

Martine Aubry dévoile les grandes lignes du projet socialiste pour 2012 dans un livre qui paraît ce jeudi. Elle propose un « changement de civilisation » et une « société du respect ». Un projet qui se veut tellement rassurant qu’il inquiète...

Ce texte est un « objet politique non identifié ». Le projet des socialistes, théoriquement, doit être ratifié le 5 avril. Les différents chapitres ont fait l’objet de débats successifs au sein du PS. Et puis voilà que surgit, un mois avant, ce manifeste intitulé « Pour changer de civilisation » – ce qui rappelle le « changer la vie » des années Mitterrand, mais en moins concret, en plus intello, moins mobilisateur. Pour tout dire, ça ressemble à un catalogue de bonnes intentions générales qui peut peut-être fournir un cadre de réflexion au PS mais sûrement pas un corpus politique à son futur candidat, quel qu’il soit. Et ça, en soi, ce n’est pas très rassurant. Ni pour les socialistes, ni pour la qualité du débat d’ici 2012.

Ce texte serait trop vague pour définir une politique ? Martine Aubry a fait un lapsus il y a quelques jours en disant justement « vague » alors qu’elle voulait dire « vaste »…

Le problème du texte, précisément, est qu’il est tellement vaste qu’il en est vague. En réalité, le propos est assez général pour espérer contenter toutes les tendances du PS et du coup, trop imprécis pour éclairer ceux qui peuvent avoir envie de voter pour son candidat. Martine Aubry explique que les socialistes prônent le redressement du pays, la justice et l’égalité réelle entre les citoyens, des mesures de soutien aux plus défavorisés – notamment dans l’éducation – et une démocratie qui associe mieux les citoyens aux décisions. Jusque-là, tout le monde est d’accord ! Au point qu’on se demande pourquoi il fallait se dépêcher de publier un texte pareil.

Est-ce que ce n’est pas, tout simplement, pour essayer d’occuper l’espace en profitant des difficultés de Nicolas Sarkozy et du désarroi de la majorité ?

Si c’est l’objectif, il ne va pas être atteint. Parce qu’il n’y a pas dans ce texte de quoi animer une vraie confrontation avec la droite, de quoi faire surgir les clivages politiques entre la droite et la gauche. Il y a des mesures fiscales, le choix d’une relance par la consommation, le salaire maximum, mais il n’y a pas d’idée-force qui puisse constituer le cœur d’une campagne, comme les grandes réformes sociales de 1981 ou comme l’ont été, pour Lionel Jospin, les 35 heures et les emplois-jeunes. Martine Aubry met en avant la société du « care », ce concept anglo-saxon qui exprime l’attention aux individus et qui leur promet la sécurité au sens le plus large du terme. Au pire, ça passera pour de l’assistanat ; au mieux, ce sera assez consensuel – les socialistes n’auront pas le monopole du « care »… Tout le monde veut protéger les Français. Mais dans un monde qui est secoué par les crises et désormais les révolutions du monde arabe, un grand parti de gouvernement doit surtout leur offrir une perspective de réussite – individuelle et collective. C’est ce que je ne vois pas dans ce texte.

Est-ce que ce texte annonce la candidature de Martine Aubry ?

L’annonce est sûrement faite pour qu’on y pense. La focalisation des dernières semaines sur DSK a dû l’agacer et le fait de pouvoir parler de politique est le seul avantage qui lui reste sur DSK – donc, elle en profite. Mais tant qu’on ne sait pas qui sera le candidat, il reste une contradiction de fond qui, elle aussi, est un peu inquiétante : les socialistes ont choisi d’adopter un projet au sein de leur parti et de faire désigner leur candidat hors du PS, dans le cadre des primaires ouvertes à tous les électeurs. A l’arrivée, le risque, c’est d’avoir un hiatus entre le champion consacré par la primaire et le texte qu’il sera censé porter pendant la campagne. Sauf, bien sûr, si c’est Martine Aubry.

Ecoutez le « Parti pris » de ce jeudi 3 mars avec Hervé Gattegno :

Hervé Gattegno