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"Qu'il retourne en Afrique": l'Assemblée exclut pour 15 jours un député RN

La présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet s'adresse aux députés, le 4 novembre 2022 à Paris.

La présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet s'adresse aux députés, le 4 novembre 2022 à Paris. - Alain JOCARD © 2019 AFP

Après la vague d'indignation suscitée par des propos jugés racistes du député RN Grégoire de Fournas, l'Assemblée nationale a voté vendredi son exclusion pour 15 jours, la plus lourde sanction disciplinaire possible. La présidente de l'Assemblée Yaël Braun-Pivet a aussitôt demandé à l'élu RN de quitter l'enceinte du Palais Bourbon.

Le député Rassemblement national Grégoire de Fournas, accusé d'avoir tenu des propos racistes en séance jeudi, a été exclu pour 15 jours du Palais Bourbon et des travaux de l'Assemblée. Il sera également privé de la moitié de son indemnité parlementaire pendant deux mois.

Les députés se sont prononcés par un vote assis-debout, après une réunion du bureau de l'Assemblée, sa plus haute instance collégiale, qui avait proposé à l'unanimité cette sanction, la plus sévère possible pour un député. Les élus RN avaient quitté la réunion prématurément.

En pleine séance de l'Assemblée nationale, jeudi après-midi, il a prononcé une phrase raciste qui a provoqué un tollé et conduit la présidente Yaël Braun-Pivet à suspendre les débats.

Le député dénonce une manipulation

Alors que le député LFI Carlos Martens Bilongo posait une question sur un bateau de migrants en Mer Méditerranée, le député du RN Grégoire de Fournas a crié "qu'il retourne en Afrique".

Grégoire de Fournas a reconnu avoir lancé jeudi "qu'il retourne en Afrique" lors de cette intervention. Il a ensuite catégoriquement nié tout caractère raciste, assurant parler du bateau humanitaire Ocean Viking bloqué en mer avec 234 migrants, et pas de Carlos Martens Bilongo, élu noir du Val-d'Oise. Il a dénoncé une "manipulation de LFI" visant à lui prêter des "propos dégueulasses".

L'incident a provoqué une vague d'indignation jusqu'au plus haut niveau de l'Etat. Les condamnations du reste de la classe politique sont unanimes.

"L'extrême droite a montré son vrai visage"

Le président de la République s'est dit "heurté" par des "mots intolérables". "Le vernis craque", a dénoncé le député Renaissance Sylvain Maillard. "L'extrême droite a montré son vrai visage", a abondé sa collègue insoumise Mathilde Panot.

Marine le Pen dénonce, elle, une "la polémique grossière" créée par "les adversaires politiques" du RN. Grégoire de Fournas, qui "assume totalement ses propos sur la politique migratoire anarchique", a exclu toute démission et accuse Carlos Martens Bilongo d'avoir "senti un coup à jouer dans la victimisation communautaire".

Après l'annonce de la décision, il s'est redit "totalement innocent": "Je ressens cette sanction d'une dureté inouïe avec une grande injustice. Mais respectueux de l'institution, je m'y soumets."

Auteur de tweets tendancieux

Grégoire de Fournas est le deuxième député exclu temporairement du Palais Bourbon depuis l'instauration de la Ve République en 1958. Le premier avait été l'élu apparenté PCF Maxime Gremetz en mars 2011, pour une altercation en raison de voitures ministérielles, mal garées selon lui.

Viticulteur dans le Médoc, le député RN est l'auteur d'une série de tweets tendancieux par le passé. "En Afrique, ils aiment tous la France et ses allocs. On accueille toute l'Afrique?!", a-t-il tweeté en 2017; et en janvier 2022: "En réponse à l'expulsion de notre ambassadeur au Mali, il faut expulser tous les Maliens de France!".

AB avec AFP