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Régionales dans le Nord: les patrons craignent la victoire de Marine Le Pen

Les entrepreneurs redoutent la victoire de Marine Le Pen aux élections régionales dans le Nord

Les entrepreneurs redoutent la victoire de Marine Le Pen aux élections régionales dans le Nord - FREDERICK FLORIN / AFP

Si le premier tour des élections régionales en Nord-Pas-de-Calais-Picardie avait lieu dimanche prochain, Marine Le Pen devancerait de plus d’une dizaine de points ses adversaires, selon les derniers sondages publiés. Une éventualité que redoutent de plus en plus les entrepreneurs de la région. Explications.

Dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, la candidature de Marine Le Pen à la tête de la nouvelle région inquiète. La présidente du Front national est donnée favorite dans les sondages, à 37% au premier tour devant Xavier Bertrand (Les Républicains) crédité de 26%, selon le dernier sondage Odoxa pour BFMTV et Le Parisien-Aujourd'hui en France. L'éventualité d'une victoire de Marine Le Pen est donc sur toutes les lèvres. Et c'est plus particulièrement LE sujet de conversations des patrons de la région.

En effet, si la présidente du FN l'emporte, les entrepreneurs du Nord craignent des répercussions économiques très néfastes, dans un contexte déjà tendu. "Le programme du FN à l'élection présidentielle, c'était une sortie de l'euro, un replis sur soi… Autant de mesures qui vont à l'encontre du développement économique, qui plus est dans une région tournée vers l'international", souligne Frédéric Motte, président du Medef du Nord-Pas-de-Calais et patron de Cèdres Industries, une entreprise qui emploie 600 salariés.

"Quelque chose de négatif pour l'entreprise"

"Tous les jours, 48.000 Nordistes vont travailler en Belgique, rappelle-t-il. Donc évidemment, cela serait une mauvaise idée de se replier sur nous". Selon les patrons, Marine Le Pen aurait donc un pouvoir de nuisance économique. D'autant plus que si elle est élue, elle bénéficiera, comme tous les présidents des nouvelles régions, de compétences élargies telle que le monopole des aides aux entreprises par exemple.

Il n'y a pas que les grands patrons que cela inquiètent. Philippe Beuscart, PDG d'Aoyama Optical, une PME à Villeneuve-d'Ascq, redoute aussi cette possibilité: "Nous fabriquons des lunettes que nous exportons dans 30 pays. Donc, pour moi, tout ce qui est restriction à la liberté d'entreprendre et à la circulation des biens est quelque chose de négatif pour l'entreprise".

"Je crains que les investisseurs étrangers s'enfuient"

Ouverts à la discussion, les entrepreneurs appellent Marine Le Pen à se positionner clairement sur un programme économique. Sans succès pour le moment selon Frédéric Motte, le président du Medef du Nord-Pas-de-Calais: "Certains candidats, comme celui des Républicains (Xavier Bertrand, ndlr) et celui du PS (Pierre de Saintignon, ndmr), nous ont sollicité pour rencontrer des chefs d'entreprise. Mais nous n'avons pas encore eu de nouvelles de Marine Le Pen".

Dans cette région au carrefour de l'Europe, deuxième après l'Ile-de-France en termes d'investissements étrangers, les entrepreneurs redoutent aussi un déficit d'image en cas de victoire du Front National. "Je crains que les investisseurs étrangers (Anglais, Américains, Allemands…) s'enfuient et refusent de venir investir sur un territoire dirigé par le Front national, détaille Bruno Bonduelle, ex-président de la CCI Grand Lille et ex-patron du groupe agroalimentaire. D'autant plus qu'il faut savoir que dans cette région, un salarié sur quatre travaille dans une entreprise à capitaux étrangers. Notre avenir c'est donc la mondialisation, c'est l'Europe. Voilà pourquoi je crains pour notre image de marque".

Maxime Ricard avec Amélie Rosique