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Salaires, inflation, retraites, budget… ce qu'il faut retenir de l'interview d'Emmanuel Macron

Invité de l'émission politique de France 2, "l'Événement", le Président de la République, Emmanuel Macron a assuré que le gouvernement avait "évité plusieurs milliards de dépenses à perte peu utiles" avec l'utilisation du 49-3 et veut "protéger les plus faibles" des crises que traverse la France.

"Une crise. Des crises." Voici ce que traverse la France, selon Emmanuel Macron. Invité de l'émission politique de France 2, "l'Événement", le chef de l'État a assuré que son objectif était de "protéger les plus faibles" pour "passer cette tempête", liée au retour de "la guerre en Europe", et ses conséquences sur les prix et l'énergie.

"On traverse une inflation qui est la conséquence de nos dépenses. Nous l'avons mieux maitrisée que nombre de nos voisins. La crise, c'est 85 milliards d'euros de revenus de la nation en moins. Ce choc, on le subit. Mais nous nous protégeons mieux que les autres", assure Emmanuel Macron.

Cibler les aides

Le chef de l'État veut "cibler les aides" et à chaque population ciblée, Emmanuel Macron veut proposer sa solution. Pour les étudiants, "le repas à un euro pour les boursiers". Pour les familles les plus modestes, "on a augmenté les minima sociaux, le SMIC". Pour les TPE, "elles vont avoir la même aide que les ménages : une hausse que de 5% de l'électricité et du gaz." Pour les PME, "comme les boulangers, nous allons mettre en place un mécanisme pour amortir les augmentations." Pour les grands groupes, "il y aura un guichet d'aides avec des acomptes. On va augmenter les tickets d'aides, qui vont monter à plusieurs millions, voire dizaines de millions." Un plan complet sera présenté par le gouvernement vendredi.

Malgré toutes ces aides, le chef de l'État veut "stabiliser la dépense publique" et commencer "à rembourser la dette sous ce quinquennat." Ainsi, le président de la République estime qu'avec le 49-3, le gouvernement "a évité plusieurs milliards de dépenses à perte peu utiles." Pour financer ces mécanismes, Emmanuel Macron compte sur "la fameuse taxation sur les surprofits" mise en place au niveau européen.

"Les augmentations, ce n'est pas l'État qui décide"

Prix administrés, réindexation des salaires sur l'inflation, conférence salariale… le président de la République balaie ces propositions:

"Réindexer les salaires sur l'inflation c'est entretenir une hausse des prix et cette boucle prix-salaires, on ne l'arrête plus. Le premier point, c'est d'aider les Français à retrouver du travail. Deuxième chose : qu'on gagne mieux avec ce travail."

"Nous avons mis en place une prime défiscalisée que l'on a montée jusqu'à 2 000 euros (...). Les augmentations des salaires, ce n'est pas l'Etat qui décide. Nous ne sommes pas dans une économie administrée", explique le chef de l'État qui dit "croire au dialogue social au niveau de l'entreprise."

Emmanuel Macron a voulu, pendant cette interview, passer un message aux chefs d'entreprise: "il n'y a pas de valeur durable si elle n'est pas partagée". Pour cela, le président de la République propose une mesure contraignante, le dividende-salarié: "quand il y a une augmentation des dividendes pour les actionnaires, il doit y avoir un mécanisme similaire pour les salariés."

La retraite à 65 ans, mais…

"Si on veut réussir, on n'a pas d'autre choix que de travailler davantage." Une phrase claire pour une réforme à éclaircir: celle des retraites, qui sera présentée en début d'année 2023. À quel âge les Français devront partir à la retraite d'ici à dix ans? Emmanuel Macron l'assure: la retraite à 65 ans est son objectif.

"A partir de l'été 2023, on devra décaler l'âge légal de départ de 4 mois par an. On passera à horizon 2031 à 65 ans."

Mais le chef de l'État explique qu'il n'est pas fermé à une mesure hybride âge/cotisation: "On a commencé la concertation avec les partenaires sociaux. Si certains disent 'on est prêt à aller jusqu'à 64 ans' et en contrepartie, on travaille plus de trimestres, je suis ouvert."

Pour faire travailler plus les Français, Emmanuel Macron veut attaquer dès le plus jeune âge avec la réforme de l'apprentissage et du lycée professionnel car "nos jeunes travaillent moins que d'autres." Pour les plus âgés, Emmanuel Macron veut aussi "augmenter le taux d'emploi des séniors, comme ça a été le cas les dernières années" et "permettre des transitions dans les carrières".

Permettre aux plus âgés de travailler plus longtemps et notamment les médecins. Face à la crise du système de santé, Emmanuel Macron veut proposer aux médecins qui arrivent à la retraite de continuer à travailler tout en prenant leur retraite: "Au premier jour de leur retraite, ils pourront continuer à exercer leur activité en touchant l'intégralité de leurs revenus sans cotisations retraites."

"Le cynisme et le désordre de la NUPES"

Interrogé par Caroline Roux sur la motion de censure de la Nupes, votée par le RN en début de semaine, le président de la République a laissé exploser sa colère et a dénoncé "l'alliance de députés écologistes, socialistes, communistes, LFI avec ceux du Rassemblement national":

"Ce qui me met en colère, c'est le cynisme et le désordre. Ils ont trouvé quoi ? Que socialistes, écologistes, communistes et LFI se mettent main dans la main avec le RN ? Ça ne mènera à rien ! (...) Il n'y a pas de majorité alternative !"

En cas de motion de censure qui passerait au Parlement, Emmanuel Macron rétropédale sur ses déclarations sur la dissolution et déclare ne pas vouloir "se lier les mains" mais assure que "la dissolution est l'un de ces outils" en cas de vote de la censure. Une critique de la gauche et une main tendue à la droite pour la réforme des retraites, puisqu'il souhaite "que des accords soient trouvés avec des formations politiques pour avoir une majorité sur ce texte."

Voitures électriques: combler le retard

Sur le sujet des voitures électriques, Emmanuel Macron concède du retard. "Les Chinois ont été beaucoup plus vite que nous, on a eu tort. Est-ce que c'est une fatalité ? Non", déclare-t-il. Alors qu'il a annoncé le passage du bonus écologique de 6.000 à 7.000 euros pour les ménages les plus modestes, le président de la République veut viser un million de véhicules électriques d'ici 2027, deux millions en 2023 et le tout électrique en 2035. Appelant à ne pas "stigmatiser les Français qui continuent d'acheter des voitures thermiques", il souhaite accompagner les Français.

Pour cela, il faut produire en France, selon le chef de l'État: "A la fin de ce quinquennat, on produira deux millions de batteries électriques en France", promet-il, souhaitant "réserver les aides aux producteurs européens." Autre solution proposée par Emmanuel Macron: "réduire les émissions" de gazs à effet de serre en trouvant des alternatives à la voiture thermique comme des "prêts de véhicules" moins polluants ou de vélos.

Maxime Martinez