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Indexer les salaires sur l'inflation: une fausse bonne idée?

Alors que les prix augmentent, certains demandent que tous les salaires soient indexés sur l'inflation. Mais la dernière fois que cela avait été mis en place en France, dans les années 1970, cela n'avait entraîné qu'une nouvelle hausse des prix et donc de l'inflation.

Selon un sondage de l’Ifop, 87% des Français sont favorables à une indexation des salaires sur l’inflation. Ça pourrait ressembler à du bon sens alors que l’inflation a explosé depuis quelques mois, sauf que ça s’est déjà fait en France, et ça s’est mal terminé.

Dans les années 1970, cela avait été mis en place: quand l’inflation augmente, les salaires augmentent aussi. Sauf que cela n’a pas eu que des impacts positifs. En effet, si les salaires augmentent, ce sont aussi les coûts des entreprises qui augmentent. Du coup, elles augmentent leurs prix, ce qui crée une nouvelle hausse des salaires.

Du coup, notre compétitivité s’effondre, notre industrie est laminée, le chômage s’envole, on dévalue le France plusieurs fois, ce qui augmente encore l’inflation. C’est une spirale infernale qui prend fin en 1983 sur décision du gouvernement de Pierre Mauroy.

Plutôt une indexation des bas salaires

Aujourd’hui est-ce que ce risque de spirale existe? Le FMI n’y croit pas. Après avoir étudié 22 situations économiques similaires à aujourd’hui dans les 40 dernières années, les experts de Washington constatent que cette boucle prix-salaire ne se déclenche que dans de très rares cas. Le plus souvent, les salaires augmentent progressivement une fois le choc inflationniste passé, jusqu'à ramener le pouvoir d’achat à son niveau antérieur.

Pourquoi ne pas le faire alors? D’abord parce qu’au-delà des 500 plus grosses entreprises qui sont dans une situation financière confortable, beaucoup de PME ne le supporteraient pas, alors qu’elles doivent déjà affronter la flambée de l’énergie et le remboursement des PGE (prêts garantis par l'Etat mis en place durant la crise covid).

Certains portent des propositions alternatives comme une indexation limitée aux plus modestes. Aujourd’hui, seuls le SMIC et les prestations sociales sont indexés sur l’inflation. Un compromis pourrait consister à élargir l’indexation jusqu’à 1,5 SMIC par exemple.

Emmanuel Lechypre