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Sarkozy à la télé : trop d'habiletés pour être vraiment habile

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h20 sur RMC.

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Hier dimanche, j’ai regardé l'interview du président de la République à la télévision. Et pour moi, Nicolas Sarkozy n'a pas réussi son coup. Il espérait marquer les esprits, mais ses annonces sont trop techniques pour créer un choc dans l'opinion.

Interviewé hier dimanche, Nicolas Sarkozy espérait notamment jeter le doute sur les propositions de François Hollande, qui ont été au coeur du débat toute la semaine dernière, et prendre son rival de vitesse en annonçant des décisions importantes. Le problème, c'est que, sur la forme, ses annonces sont trop techniques pour créer un choc dans l'opinion. Et sur le fond, ce n'est ni un grand discours de président ni un programme de candidat. C'est un appel à l'effort qui veut être à la fois grave et rassurant - grave pour décrire les difficultés de la France, rassurant pour dire que le pays est entre de bonnes mains : les siennes. À l'arrivée, ça donne surtout l'impression d'un numéro trop calibré, calculé pour qu'on n'en voie pas les habiletés. Pas de feu d'artifice, donc, mais des artifices... qui font long feu.

Vous êtes sévère. Vous voulez parler de son refus d'annoncer sa candidature tout en se montrant de plus en plus candidat ?

La France entière sait que Nicolas Sarkozy est candidat. Il l'a presque dit d'ailleurs en parlant de son "rendez-vous avec les Français". On peut comprendre qu'il ne veuille pas l'annoncer officiellement pour profiter le plus longtemps possible de tous les attributs de la fonction. C'est de bonne guerre. Mais alors, il ne devrait pas multiplier les apparitions médiatiques ou au moins les réserver à des annonces vraiment exceptionnelles. Au lieu de cela, il mobilise une heure d'antenne sur 9 chaînes pour annoncer une hausse de la TVA et des mesures en faveur du logement ! Tout le monde comprend que c'est le candidat qui s'invite au nom du président. Mais à force de faire des manières, de s'afficher en campagne sans se déclarer, d'attaquer François Hollande et Marine Le Pen sans les nommer, il prend le risque d'apparaître essentiellement tacticien au moment où il promet un discours de vérité. Du coup, on a du mal à l'écouter autrement que comme un acteur en train d'exécuter un numéro.

Il a quand même dit des choses importantes : la fin des 35 heures, par exemple...

C'est vrai. Il a annoncé qu'à l'avenir le temps de travail et le niveau des salaires seront fixés dans chaque entreprise - par la négociation ou par la loi, mais ça reste à préciser. Ce qui est incroyable, c'est de faire cette annonce à trois mois de l'élection tout en affirmant que les 35 heures ont été "une catastrophe", alors qu'il a eu cinq ans pour les abroger. Idem pour le passage mélodramatique sur les délocalisations : ses explications sur le coût du travail trop élevé qui nécessite une baisse des charges sont assez convaincantes, mais on se demande pourquoi il n'est pas intervenu plus tôt. Si le candidat a du retard dans les sondages, le président, lui, a eu du retard... à l'allumage.

On a appris ce week-end qu'Angela Merkel viendrait le soutenir dès son entrée en campagne. Est-ce que c'est forcément un atout ?

C'en est un, mais, compte tenu des sentiments contrastés des Français envers l'Allemagne, ça ne fera pas basculer l'opinion. En fait, le vrai modèle de Nicolas Sarkozy, c'est plutôt Gerhard Schröder : le prédécesseur de Mme Merkel, qui avait lancé en 2000 une série de réformes sociales très dures, mais qui ont permis à l'Allemagne de retrouver sa puissance et sa prospérité. Sauf que Schröder était socialiste... et qu'il a été battu.

Pour écouter le "Parti Pris" d'Hervé Gattegno de ce lundi 30 janvier 2012, cliquez ici.

Hervé Gattegno