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Ségolène Royal a beaucoup perdu... et un peu gagné

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h25 sur RMC.

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Outre le dernier débat de la primaire socialiste, l'événement politique qui vous a marqué, hier, c'est le soutien apporté par Ségolène Royal à François Hollande. Votre parti pris : Ségolène Royal a beaucoup perdu… et un peu gagné.

Elle est comme ça, Ségolène Royal. Elle n’a pas son pareil pour retourner les défaites à son profit. Rappelez-vous en 2007, au soir de sa défaite contre Nicolas Sarkozy, elle avait lancé à ses partisans : « Je vous conduirai vers d’autres victoires ! » – comme si elle avait gagné… Eh bien elle a récidivé : on l’a tous vu dimanche dernier bouleversée par l’échec, bouleversante même, quand elle a dit, avec les larmes aux yeux, qu’elle ne s’attendait pas à un tel désaveu. Et trois jours plus tard, elle rebondit, en touchant une deuxième fois l’opinion, avec ce geste qui aurait paru inimaginable il y a encore quelques mois. Elle qui ne saluait plus François Hollande qu’en lui serrant la main, elle lui a tendu la main.

Est-ce qu'on ne peut pas penser que les raisons personnelles l'ont emporté sur les raisons politiques ?

C’est ce qui rend l’affaire si poignante. C’est à la fois un drame cornélien et une histoire familiale ordinaire : un couple qui, après s’être déchiré, affronté, retrouve des relations normales, qui s’entraide. Avec Ségolène Royal, on est presque toujours dans le registre de l’émotion. Donc oui, le critère humain et familial a joué. Mais il y a aussi la politique : elle avait le choix entre deux vengeances – contre l’homme qui l’a trahie et la femme qui l’a flouée, au congrès de Reims en 2008. Elle a choisi la vengeance politique. Quitte d’ailleurs – il faut le souligner – à renier la cause féministe dont elle est un symbole depuis 2007… et que Martine Aubry a soulignée avec beaucoup d’insistance dans la campagne.

On peut quand-même se demander si son soutien est si important pour François Hollande. Vous croyez qu'elle peut faire basculer le vote en sa faveur ?

Je crois que son geste a plus d’importance pour elle que pour lui. François Hollande est conforté comme favori mais je ne suis pas sûr que Ségolène Royal puisse entraîner ceux qui la soutiennent à voter massivement pour lui. Le magnétisme qu’elle exerce sur une part de l’électorat de gauche n’est probablement pas transmissible – il lui est propre, c’est sa marque personnelle, qui reste une vraie bizarrerie dans notre paysage politique. Simplement, elle a fait le calcul que pour exister encore demain, elle devait se rallier à celui qui a le plus de chances de gagner. C’est un peu cynique – surtout quand c’est exécuté avec les yeux encore humides – mais c’est le jeu. Et c’est plutôt mieux inspiré que la campagne qu’elle a menée, où elle a paru à côté de la plaque presque de bout de bout.

Qu'est-ce qui fait qu'après avoir gagné largement la primaire en 2006, elle a perdu si nettement celle de 2011 ?

Tout a changé : le mode de scrutin – en 2006, c’étaient les adhérents du PS qui votaient ; cette fois, le vote était ouvert. L’époque aussi a changé. Il y a 5 ans, Ségolène Royal a correspondu à un besoin de renouvellement (dont Nicolas Sarkozy aussi a bénéficié). Aujourd’hui, on l’a vu nettement dans le débat d’hier soir, c’est la solidité et l’expérience qui sont mises en avant. Ou alors la radicalité, comme l’a montré la percée d’Arnaud Montebourg. Dans cette campagne, Ségolène Royal n’avait plus rien de tout cela. En 2006, elle était inspirée. En 2011, elle a été aspirée.

Ecoutez ci-dessous le "Parti pris" de ce Jeudi 13 octobre 2011 avec Hervé Gattegno et Jean-Jacques Bourdin :

Hervé Gattegno