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Sondage Le Pen : "Assez joué à se faire peur !"

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi.

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi. - -

Le week-end a été marqué par le sondage du Parisien, selon lequel Marine Le Pen arriverait en tête au 1er tour de la présidentielle, devant Nicolas Sarkozy et Martine Aubry (à égalité). Des chiffres et des réactions qui m’inspirent ce cri d'alarme : "Assez joué à se faire peur !"

Vous l'avez sûrement remarqué : le mot "peur" revient de plus en plus fréquemment dans le discours politique. Nicolas Sarkozy a dit (à la télévision) qu'il ne fallait pas avoir peur des révolutions arabes ; la gauche l'accuse, lui, d'exploiter les peurs en insistant sur l'insécurité et l'immigration. D'une certaine façon, ce sondage s'inscrit dans la même logique : il y a, dans cette enquête - qui ne présente pas toutes les garanties de sérieux exigibles -, il y a une volonté manifeste de mettre en scène l'émergence de Marine Le Pen. Pourquoi ? Pour faire un coup, pour "faire l'événement" au sens propre du terme - et cela vaut pour l'institut comme pour le journal qui l'a publié. Ça ne veut pas dire qu'il ne faut tenir aucun compte de ces chiffres. Ça veut dire qu'il faut regarder au bon endroit. Et dans le bon sens.

Précisément, qu'est-ce que vous retenez et qu'est-ce que vous écartez dans ce sondage ?

Je garde ce qui saute aux yeux - et que d'autres études montraient déjà. Marine Le Pen crève l'écran. Et sa percée s'effectue principalement au détriment de Nicolas Sarkozy. Donc tout indique qu'à force de se placer sur le terrain familier de l'extrême droite, notamment en faisant comme si l'islam était aujourd'hui le problème numéro un en France, le président de la République abolit peu à peu la frontière qui sépare l'électorat de l'UMP de celui du FN. Il le fait pour mieux attirer à lui les voix du FN, mais c'est dans l'autre sens que ça joue... Ce que j'écarte, c'est la mesure du rapport de forces : parce que, si on ne retient qu'une hypothèse parmi les prétendants socialistes, on se demande bien pourquoi on a pris Martine Aubry. Si vous retenez plutôt DSK et que vous retirez Villepin, vous avez naturellement un face-à-face Sarkozy-DSK, et Marine Le Pen est derrière. Mais ça, bien sûr, on ne serait pas en train d'en parler...

Autrement dit : on s'inquiète pour pas grand-chose ?

Je ne dis pas cela. Que Marine Le Pen soit mesurée à de tels niveaux, c'est déjà assez ahurissant. Mais ce qui est désespérant, c'est qu'on a l'impression d'une conjuration collective pour la porter là où elle est. Que l'UMP n'ait pas d'autre priorité que d'attiser la méfiance envers les musulmans relève d'un calcul politicien assez dégoûtant - et en plus contre-productif, on le voit bien. On entend plus souvent parler de burqa et de minarets dans les incantations de certains politiques qu'on n'en voit dans nos rues ! Et que les socialistes, de leur côté, ne soient toujours pas capables, après 9 ans d'opposition, de présenter un projet clair en matière de sécurité et d'immigration, c'est tout aussi consternant. Le pire, c'est qu'au total, le soulèvement des peuples au Maghreb finit par apparaître comme une menace. Alors que c'est la plus formidable nouvelle depuis la chute du mur de Berlin.

À droite comme à gauche, on entend des appels au rassemblement. C'est une bonne chose ?

Pour écarter des candidatures tactiques ou narcissiques, oui - je songe évidemment à Dominique de Villepin et à Hervé Morin. Mais le meilleur moyen de relativiser l'importance de Marine Le Pen, c'est la campagne et la confrontation des points de vue. Pour cela, il faut que l'UMP et le PS aient un candidat et un projet. On a tendance à l'oublier, mais pour l'instant, l'extrême droite est la seule à disposer de l'un et de l'autre. Son avance dans les chiffres traduit d'abord une avance dans le temps.

Ecoutez le « Parti pris » de ce lundi 7 mars avec Hervé Gattegno :

Hervé Gattegno