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Taxe majorée sur le luxe : « Un gadget fiscal de plus » ?

Taxe majorée sur le luxe : « Un gadget fiscal de plus »

Taxe majorée sur le luxe : « Un gadget fiscal de plus » - -

Le candidat PS à la présidentielle François Hollande n’exclut pas l’idée de rétablir un taux majoré de la TVA sur les produits de luxe, s’il est élu. « Cela ne répondra pas au challenge des dépenses publiques françaises », répond un économiste sur RMC.

Pour faire entrer l'argent dans les caisses, François Hollande n'écarte pas l’idée, s’il est élu, de rétablir un taux à 33% de la TVA sur les produits de luxe. Sans s’engager, le candidat socialiste a déclaré ce mardi que « cette proposition a du sens », et souhaite avant tout vérifier si elle est possible.

«Le luxe minoritaire dans la consommation des ménages»

Président des cahiers verts de l'économie, l’économiste Jean-Pierre Petit réagit sur RMC: « A mon avis, c’est un gadget fiscal de plus. Quels produits cela va frapper, et quel va être le taux additionnel ? De toute façon, les dépenses de luxe sont en France minoritaires dans la masse de la consommation des ménages. La part du chiffre d’affaire des grands opérateurs de luxe français, année après année, se fait de plus en plus à l’extérieur de la France. Donc cela ne répondra pas évidemment au challenge des dépenses publiques françaises. »

« Pas possible », pour Fabius

L'ancien Premier ministre socialiste Laurent Fabius a estimé ce mardi qu'il n'était sans doute « pas possible » de créer un taux majoré de TVA sur les produits de luxe, « compte tenu de la règlementation européenne.»
Un taux majoré de TVA a existé en France jusqu'en 1992. Il atteignait 33,3% entre 1970 et 1982, avant d'être progressivement abaissé puis de disparaître. Il visait notamment les automobiles, et c'est la réglementation de l'Union européenne qui a imposé sa suppression.

« Une bonne anti-niches fiscales »

Benjamin Coriat est professeur d'économie à l'Université Paris 13 et co-président du "Collectif des économistes Atterrés", qui défendent l'idée qu'une autre économie est possible. Pour lui, cette TVA majorée sur le luxe « c’est plutôt une bonne idée, c’est une anti-niches fiscales ; il va falloir fabriquer, non seulement une réforme fiscale de fond, pour des tas de raisons, mais aussi des anti-niches fiscales, c’est-à-dire aller chercher partout où il y a de l’argent qui peut être prélevé sur des dépenses non-nécessaires, sans attaquer le pouvoir d’achat du peuple et des classes moyennes ».

« Le risque : que les achats se fassent hors de France »

En revanche, pour Mathieu Plane, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), « c’est une fausse bonne idée, dans le sens où d’abord ça n’est pas applicable, parce qu’on ne peut pas multiplier comme ça les taux de TVA, et même si on arrive à le faire, on voit bien qu’il est extrêmement difficile de définir des produits de luxe : on ne peut pas cibler des marques, on est obligé d’appliquer ces taux de TVA sur des secteurs. Or, si on prend par exemple l’automobile, on ne va pas taxer uniquement les Ferrari, mais l’ensemble du secteur, avec le risque que les achats se fassent hors de France. Donc cette idée risquerait d’être assez inefficace ».

La Rédaction, avec Céline Martelet