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Troisième débat présidentiel annulé: "si l'abstention est très élevée, ce sera en partie à cause de ça"

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France Télévision a confirmé ce mercredi l'annulation du dernier débat télévisé entre les 11 candidats à l'élection présidentielle. Une décision que déplore le collectif Trois débats sinon rien, qui estime que le débat présidentiel est essentiel à la démocratie.

Jacky Isabello est cofondateur du collectif Trois Débats sinon rien:

"Nous sommes très déçus que le débat du 20 avril soit annulé. Ça décrédibilise aussi les chaînes. L'élection en est amoindrie. Le débat tel qu'il s'est exprimé sur BFMTV et RMC a des vertus extraordinaires. Et ce n'est pas moi qui le dit: lors des débats des primaires par exemple, on avait vu émerger le leadership de certains.

Nous avons créé le collectif en décembre 2016. Nous avions compris que les débats des primaires allaient marquer une espèce de coup d'envoi d'une autre façon de considérer les débats lors des temps politiques. On avait proposé l'organisation de trois débats avant le premier tour et de trois débats après.

"Tout le monde a le droit de s'exprimer en France"

Notre propos a toujours été de ne pas rentrer dans le débat sur le nombre de participants. Ce qu'on a souligné c'est de dire que la politique doit être vue comme une compétition: qui a le meilleur leadership, le meilleur argumentaire, qui est le plus éloquent, qui a les meilleures propositions, son degré de sympathie… Sur un plateau, quand on compare des gens, c'est tout de suite plus bénéfique à l'expression de la démocratie.

Ça permet par exemple de montrer que Jean-Luc Mélenchon, au-delà du côté braillard, est arrivé à montrer qu'il s'était un peu calmé, qu'il avait cette forme d'éloquence qui plaît aux gens. Et je n'ai pas envie de rentrer dans le débat des petits candidats: tout le monde a le droit de s'exprimer en France, c'est la démocratie. L'avis de la personne la moins importante a le droit de cité. Ces gens-là représentent une forme d'expression et cela doit montrer aux gens qui sont éloignés du vote qu'ils existent. Et ça sert uniquement à ça.

"On ne peut pas blâmer les QG des candidats"

C'est pour cela que nous nous étions emparé du sujet avant qu'il ne devienne un enjeu politicien. Leur enjeu est de conquérir l'opinion des gens. On ne peut pas blâmer les QG des candidats aujourd'hui, ils jouent leur timing. Mélenchon a fait deux super prestations, les sondages le confirment qu'il a pris la main sur l'électorat de gauche, il doit pousser son avantage. Donc aller jouer un troisième match au risque d'être un peu moins performant, c'est son boulot de dire qu'il arrête et qu'il range ses pions.

Cette forme de traitement du débat par l'outil audiovisuel contrarie l'abstention. Le mécanisme de l'abstention est très complexe mais la puissance de la télé permet de faire revenir le public vers un débat et quand on en enlève un, l'électeur se dit qu'il ne compte pas vraiment.

Si l'abstention est extrêmement élevée, ce sera en partie due au fait qu'on aura pas permis au Français de regarder cet exercice. C'est étonnant qu'on ait attendu 2017 pour organiser ce type de débat. Ça permet aux gens de se faire une idée, ils ne lisent plus les programmes!"

Propos recueillis par Paulina Benavente